Violences conjugales : un cas d’école jugé à Rodez

Un homme de 53 ans a été condamné à de la prison ferme par le tribunal correctionnel de Rodez ce lundi 9 septembre. On lui reproche notamment des violences sur sa conjointe. Les témoignages rapportés à la barre par sa compagne et par son ex-femme sont édifiants...

Les actes et propos rapportés à la barre du tribunal de Rodez étaient éloquents.@ADN12

C’est un homme de 53 ans, grand et costaud, qui a été présenté aux juges du tribunal de Rodez ce lundi. Les délits qu’on lui reproche sont assez graves pour qu’il soit présenté sous procédure de comparution immédiate…

Montjaux, le 2 septembre

L’homme a été arrêté la semaine précédente, le 2 septembre, après un signalement à la gendarmerie. Ce jour-là à Montjaux, l’homme, qui ne supporte pas la séparation d’avec sa compagne, décide de la poursuivre en voiture « pour discuter » précise-t-il mais la scène décrite par sa victime est toute autre : « il m’a doublée et m’a obligée à stopper au milieu de la route. Il a ensuite voulu m’en faire sortir par les cheveux. J’ai reçu de nombreux coups et il a fini par me menacer avec un couteau sur la gorge ». Une scène qui se déroule devant une première voiture qui ne s’arrête pas, puis un jeune motocycliste de 18 ans, qui lui décide d’intervenir et de prévenir les secours, malgré les menaces lancées par le quinquagénaire. La victime en profite pour se réfugier chez des connaissances voisines. Elle aura cinq jours d’Incapacité Totale de Travail.

Si personne n’était intervenu, je ne sais pas ce qui me serait arrivé…

Violences et emprise psychologique

Cette scène intervient au terme d’un peu plus de deux ans de relation, que la victime est venue décrire à la barre du tribunal :

Au début tout était merveilleux mais ça a rapidement dégénéré. Il a commencé par insulter ma fille et est devenu très agressif envers moi. Il voulait que je le craigne.

Courageusement, la victime énonce le calvaire auquel elle s’est soumise au cours des derniers mois : des claques, des étranglements, des coussins enfoncés sur la tête quand elle ne cédait pas à ses avances, des harcèlements téléphoniques quand il partait en safari de chasse en Afrique… « Je me souviens d’un matin où j’étais partie faire un jogging sans le prévenir. Dès qu’il s’en est rendu compte, il m’a cherché partout en voiture jusqu’à me trouver et me menacer de me mettre au fossé… ». 

Un emprise psychologique que l’homme contrôle en alternant les mots gentils et les crises de rage : « C’est un homme qui peut être très généreux. Il me couvrait de cadeaux et ne manquait jamais de s’excuser après de tels actes » tient-elle à préciser avant d’avouer « avoir plusieurs fois eu très peur. Il partait avec son fusil et me faisait du chantage au suicide ». 

Une victime qui ne réclame rien et ne se porte pas partie civile. Venue à la barre simplement pour témoigner : « je veux juste être tranquille et ne plus avoir aucun contact avec lui. Je lui souhaite de se soigner » conclue-t-elle.

Plus de 20 ans de « main lourde »

L’enquête a également permis d’entendre l’ex-femme de l’accusé, qui n’est pas non plus partie civile mais dont le témoignage étaie un peu plus la thèse de violences habituelles. Le quinquagénaire a eu trois enfants avec celle qui a été sa femme pendant 40 ans. Elle décrit « un fort caractère », « dominateur et aux insultes faciles : connasse, pute… », « menaçant : je vais te tuer » et « dont il fallait respecter les règles ». Des violences psychologiques qui auraient au fil du temps glissé vers les violences physiques : « il y a eu des disputes musclées, des gifles… mon mari avait la main lourde ». La femme finira par déposer une main courante au commissariat de Millau, sans plus :

J’avais peur pour mes filles et moi. Sans le soutien de mes proches, je me serai suicidée.

Des témoignages éloquents contre cet homme qui n’a jamais eu à faire à la justice mais dont le profil inquiète la Procureur de la République, Fany Moles : « j’ai peur pour les futures personnes que vous allez rencontrer » lui lance-t-elle avant de requérir de la prison ferme.

Un accusé qui nie 

Impassible, l’homme ne semble pas prêt à faire amende honorable « je l’ai peut-être secouée mais jamais frappée. Quant au couteau, je n’en ai jamais utilisé pour la menacer » se borne-t-il à répondre, avant de promettre de déménager loin de ses victimes, « à Fos-sur-mer ou en Afrique »…

Une défense effarante qui n’empêchera pas le tribunal de le condamner à deux années d’emprisonnement, dont 18 mois de sursis mise à l’épreuve pendant cinq durant lesquels il aura l’obligation de se soigner. Ses armes lui sont confisquées, et il lui est désormais interdit d’entrer en contact avec sa victime, tout comme de se rendre sur la commune sur laquelle elle réside, Viala-du-Tarn.