Présents à la Maison des Paysans de l’Aveyron fraîchement rénovée, les porte-paroles de la Confédération Paysanne soutiennent les projets qui encouragent une agriculture locale et raisonnée comme ceux de l’ADDEAR. Mais leurs combats se veulent plus larges et ils veulent faire entendre leurs voix sur des sujets d’écologie mondiale, comme les échanges commerciaux avec l’Union Européenne.

Le CETA, un combat des premières heures

Voté à l’Assemblée à une courte majorité de 266 voix contre 213 le 23 juillet dernier, l’accord commercial CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) doit maintenant être examiné par le Sénat. L’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et les États-Unis/Canada, négocié en 2009, prévoit un certain nombre de mesures :

  • Suppression complète des droits de douane entre l’Union Européenne et les États-Unis/Canada
  • Uniformisation de certaines normes dans certains secteurs (automobile et pharmaceutique notamment)
  • Création d’un tribunal spécifique en cas de litiges entre une entreprise privée et un état

Pour rappel, 90% du traité est déjà mis en application depuis septembre 2017, il ne reste qu’à faire ratifier la troisième partie du traité sur la création d’un tribunal spécial et qui ne dépend pas de la compétence exclusive de l’Union Européenne, mais bien de ses pays membres. Pour le moment, seuls 17 pays sur 28 l’ont l’approuvé et l’opposition d’un seul pays entraînerait le rejet de l’accord en entier.

La suppression des droits de douane provoquerait « la compétitivité des entreprises européennes tout en entraînant une baisse de prix pour les consommateurs » selon la Commission Européenne. Dans un contexte déjà difficile pour les paysans soumis à la concurrence des pays voisins qui produisent à plus bas coût, leur inquiétude est palpable. Surtout s’ils doivent faire face à la concurrence du modèle agricole canadien et américain, quelque peu éloigné de la vision agroécologique portée par un certain nombre de petits producteurs.

 On compte bien rester mobilisés, avec d’ailleurs la FNSEA qui se réveille et s’est dernièrement opposée au CETA. On est d’ailleurs étonnés que le traité ait été voté par l’Assemblée alors que le dernier rapport du GIEC sorti le 8 août dernier indique que ce type d’agriculture industrielle va à l’encontre des prescriptions données. Pour les paysans aveyronnais, c’est inacceptable non seulement parce qu’une grande majorité d’entre nous est contre les OGM et les farines animales, mais aussi parce qu’on va voir rentrer sur le marché français des produits qui ne correspondent pas aux normes européennes,

déplore Théo Boutrelle, co-porte-parole de la Confédération Paysanne

Pour une PAC plus juste

La PAC (Politique Agricole Commune) a été créée à l’échelle européenne pour contrôler les prix des marchés agricoles et reverse des subventions pour encourager l’agriculture. Mais pour la Confédération Paysanne, ces versements de subventions sont loin d’être également répartis. En cause : un système de payement à l’hectare et non à l’actif de paysan, ce qui encourage l’agriculture industrielle qui demande des cultures sur de larges superficies. « La PAC encourage l’agriculture high-tech alors que l’avenir est vers l’agriculture locale. Notre demande va dans le sens du rapport du GIEC et il ne faut pas attendre 2030 pour se bouger. C’est la PAC qui dessine l’agriculture de demain », insiste Sébastien Perssec, l’autre porte-parole de la Confédération.

Le scandale Société encore en cours

Sur la mise en vente du nouveau bleu de brebis par Société des caves (groupe Lactalis), avec l’ovale vert de la marque, la Confédération reste vigilante, d’autant que Société n’a pas retiré son bleu du marché et pratique une différence de prix « déloyale » (0,93le litre au lieu de 1,98€). Cette polémique s’ajoute aux attaques de l’État sur les produits au lait cru dont nombre de producteurs s’estiment victimes. Un exemple : la DDCSPP (Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) demanderait aux producteurs fermiers d’indiquer sur les marchés que les produits au lait cru seraient dangereux pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 6 ans « Après ce sera le tour des personnes âgés, des personnes fragiles… On tend vers une harmonisation vers le bas de la qualité des produits », déplore Sébastien Perssec.

Panneaux voltaïques oui, mais pas n’importe comment

Dernier point, sans doute le plus controversé : les grands projets d’hectares de panneaux photovoltaïques au sol, portés par la startup Arkolia sur 400 hectares : d’après la Confédération, le sol doit être affecté en priorité à la nourriture. « Nous défendons complètement les énergies renouvelables mais à plus petite échelle, pas des grands projets. En plus, l’État propose 2500€ par hectare pour installer des panneaux solaires, ce qui encourage les paysans à céder leurs terres. Et le fait que la majorité de la production soit vouée à l’export et à la spéculation d’acteurs privés n’arrange rien. C’est contre tout un système de production que nous nous opposons. » insiste Théo Boutrelle.

La Confédération Paysanne est joignable à la Maison des Paysans, 7 Côte d’Olemps, 12510 Olemps.