Aveyron. Quand la rentrée des lycéens devient une usine à gaz

Alors que le syndicat majoritaire des enseignants SNUIPP-FSU12 s’estime relativement satisfait de la carte scolaire aveyronnaise, la rentrée des lycéens sous la nouvelle réforme des lycées (dite réforme Blanquer) a déclenché les foudres des organisations syndicales majoritaires de l’Aveyron.

Aveyron. Quand la rentrée des lycéens devient une usine à gaz
De gauche à droite : Sébastien Laumont (co-trésorier SNUIPP-FSU), Stéphanie Massol (co-secrétaire SNUIPP-FSU), Elsa Batonnet (co-trésorière SNUIPP-FSU), Antoine Cantais (co-secrétaire départementale SNUIPP-FSU) et Sylvain Lagarde, (co-secrétaire départementale FSU-SNES).

D’après le syndicat SNUIPP-FSU12, au premier abord, la nouvelle carte scolaire semble vouloir venir en aide aux classes uniques (la promesse du président Macron faite pendant le Grand Débat de ne pas fermer d’écoles avant la fin de son mandat a peut-être fait pencher la balance des rectorats), notamment via la dotation de postes supplémentaires pour des classes uniques aveyronnaises à gros effectifs (24 à 25 élèves de la petite section jusqu’au CM2). Mais d’après Antoine Cantais, le co-secrétaire départemental du SNUIPP, « ce sont des ajustements, car, certes on ne ferme pas de classes mais on garde ouvertes des classes dans des conditions difficiles. Cela rejoint le démantèlement progressif de tous les services publics implantés dans les zones rurales que l’on observe depuis plusieurs années. »

Dégradation des conditions d’enseignement

Pour Sylvain Lagarde, co-secrétaire FSU-SNES pour le 2nd degré (collège-lycée), les chiffres sont clairs :

En national, on compte 34000 élèves supplémentaires pour 2650 postes supprimés. On observe un mécanisme de dégradation du taux d’encadrement, avec pour corollaire la dégradation de la capacité à prendre en charge les élèves qui en ont le plus besoin au collège et au lycée. Et ce sont les élèves socialement élevés qui bénéficient de cette injustice sociale.

Il dénonce également les programmes de la nouvelle réforme des lycées qui sont, d’après lui, « élitistes » :

Les cours en mineur sont très compliqués et pas adaptés aux élèves qui les ont choisis. Auparavant, le programme de maths d’ES correspondait à ce que les élèves avaient besoin d’étudier pour faire des sciences économiques et sociales. Aujourd’hui, l’option Maths est terriblement difficile pour quelqu’un qui n’a pas le bagage scientifique nécessaire. Les plus fragiles seront plus vite perdus.

Les bouleversements de la réforme des lycées

C’est la plus grosse réforme depuis celle de 1995 qui avait vu apparaître les différentes filières (générales, technologies et professionnelles). Cette année, les trois filières générales S, ES et L sont remplacées par des enseignements en tronc commun (obligatoire), majeurs et mineurs (au choix de l’élève) qu’ils choisissent en classe de 1ere. Ce système calqué sur celui des pays anglo-saxons se veut plus souple et plus modulable, au plus proche des intérêts des élèves. Résultat : une notion de classe qui n’existe plus puisque les élèves sont éparpillés entre les différents cours de leurs choix, provoquant des emplois du temps chaotiques pour les élèves comme pour les professeurs. En témoigne le récent hashtag #EpreuveDeRéalité lancé sur Twitter :

Et c’est bien ce que dénonce Sylvain Lagarde :

Nous constatons une véritable dégradation de l’organisation pédagogique due à la complexité de ce nouveau système modulaire. Certains élèves comme certains enseignants se retrouvent à faire des journées de 8h à 18h avec plusieurs heures de trou au milieu !

Une mobilisation qui doit se reconstruire

Après une fin d’année scolaire agitée avec une forte mobilisation des enseignants contre cette réforme et ce malgré une grogne aussi générale contre le nouveau système de retraite à points, les organisations syndicales n’ont pas encore prévu d’action pour ces prochaines semaines pour « ne pas essouffler les troupes », glisse Antoine Cantais. Elles  doivent cependant se rencontrer en septembre pour décider d’un programme à suivre.