Grand-Vabre. Un agriculteur séquestre sa voisine pendant une heure : 4 mois de prison avec sursis

Le conflit de voisinage avait tourné à la séquestration le 1er juillet dernier dans ce village de 400 habitants. L'homme de 52 ans a été condamné cet après-midi en comparution immédiate par le Tribunal Correctionnel de Rodez.

@ADN12

C’est un conflit de voisinage d’un genre particulier qu’avait à juger le tribunal correctionnel de Rodez ce lundi 2 août. A la barre : un homme de 52 ans, placé sous contrôle judiciaire depuis deux mois pour avoir retenu pendant une heure, chez lui et de force, sa voisine qui venait de déposer une main courante contre lui auprès de la gendarmerie…

« 30 ans que ça dure ! »

Ce 1er juillet, à Grand Vabre, petit village proche de Conques-en-Rouergue, l’agriculteur voit rouge. Il vient d’apprendre que sa voisine a déposé une main courante contre lui. Il se précipite alors chez elle, la saisit par le bras et l’emmène chez lui où il la gardera enfermée pendant une heure, la main toujours serrée sur son bras. « Je voulais simplement discuter avec elle, explique-t-il, je ne voyais pas l’intérêt d’aller le faire devant les gendarmes alors qu’on habite à côté l’un de l’autre ». 

L’origine du conflit reste floue mais l’homme assure que le voisinage s’est ligué contre lui. Il évoque des rancunes vieilles de 30 ans, pour des histoires d’arbres coupés, de pommes de terre, de mésentente entre animaux domestiques… Cette fois, il soupçonne le fils de sa victime de lui avoir volé du gas-oil : « avant, on était amis mais les relations se sont dégradées au fil du temps. Je lui ai demandé plusieurs fois de parler à son fils de ces vols de carburant. Ce n’était pas une accusation » assure-t-il.

Mais c’est justement cette insistance qui a conduit la victime à se plaindre aux gendarmes : « je pense qu’il m’a emmenée de force chez lui parce que je suis la seule qui ai osé déposer plainte contre lui ». Elle qui présentait un hématome sur l’avant-bras et une lèvre en sang à l’arrivée des gendarmes ce 1er juillet :

Pendant une heure j’ai eu très peur de ce qu’il allait me faire. Je criais…

La victime est une dame chétive et son avocat se dit « inquiet » pour la suite des événements : « l’accusé n’a pas un mot pour sa victime. Il ne mesure pas du tout l’impact physique et émotionnel de ses actes ». Une position partagée par le parquet, qui requiert 6 mois de prison avec sursis : « on est devant un homme qui se pose en victime. C’est assez incompréhensible. Pour une séquestration, on peut encourir jusqu’à 5 ans d’emprisonnement ! ». 

L’accusé, qui se présente sans avocat, ne semble en effet pas prendre la mesure des faits qui lui sont reprochés :

Ce qu’elle dit, c’est du cinéma ! Je n’ai pas porté de coups. Je ne voulais tout simplement pas qu’elle s’échappe ! D’ailleurs c’est moi qui ai appelé les gendarmes et le maire pour les informer que je la gardais chez moi.

Une réflexion qui fait bondir la présidente du Tribunal :  » vous vous rendez compte de ce que vous dites ? », avant de lui rappeler le principe de la justice française : « ce n’est pas vous qui faites les procédures. On ne se fait pas justice soi-même. S’il y avait un conflit, il fallait appeler les gendarmes ».

Il est finalement condamné à 4 mois de prison avec un sursis mise à l’épreuve de 18 mois, pendant lesquels il aura interdiction d’entrer en contact avec sa voisine et de détenir une arme. Il devra en outre payer 800 euros de dommages et intérêts à sa victime.