Si dans certains départements les agriculteurs ont choisi la violence et le saccage des permanences parlementaires pour montrer leur opposition à l’accord de libre-échange avec le Canada (CETA), les syndicats aveyronnais eux, leur ont préféré la voie du dialogue.

Le texte, ratifié par l’Assemblée Nationale le 23 juillet dernier sans les voix des députés aveyronnais, sera examiné au Sénat à la rentrée et reviendra donc en deuxième lecture sur le bureau des députés. Pour le président de la FDSEA, ce n’est pas le moment de lâcher :

Avec le CETA, ce sont 65 000 tonnes de viande bovine et 80 000 tonnes de viande porcine qui vont être importées dans l’Union Européenne, à droits de douane nuls et avec des standards moins-disants. On continue à se mobiliser pour que les députés votent contre en deuxième lecture. Ceux qui se sont abstenus doivent faire un pas encore plus marqué.

Après avoir rencontré Arnaud Viala et Stéphane Mazars, les représentants du monde agricole ont pu échanger avec la députée de la deuxième circonscription Anne Blanc, qui les a reçus dans sa permanence de Naucelle. « Je pense qu’elle a été réceptive à nos arguments, analyse Laurent Saint-Affre, elle dit avoir une sensibilité du terrain… On attend de voir ce qu’elle fera car elle ne prend aucun engagement ferme. La première fois, elle souhaitait ratifier l’accord et s’est finalement abstenue en écoutant nos explications… « .

« On sacrifie l’agriculture à d’autres intérêts économiques »

Et des arguments, ils en ont à la pelle pour contrer cet accord de libre-échange. A commencer par la déstabilisation du marché français, comme l’explique Romain Deleris pour les Jeunes Agriculteurs :

On sort des Etats Généraux de l’Alimentation, lors desquels on nous dit qu’on veut revaloriser les produits locaux et dans le même temps on autorise l’arrivée massive de viande étrangère !  Notre crainte principale, c’est la chute des prix ! On a l’impression qu’on sacrifie l’agriculture en contrepartie d’autres intérêts économiques : pour l’industrie, l’aéronautique…

Dans un contexte général où les agriculteurs luttent pour des prix de vente plus rémunérateurs, cette menace pèse lourd pour l’avenir de leur profession. « Quel message veut-on envoyer aux futurs agriculteurs ? Quelle visibilité ils auront ? » interroge Romain Deleris, « quand on sait qu’ici, la moitié des agriculteurs ont plus de 50 ans, il y a un renouvellement à opérer. Et sans confiance, qui osera s’aventurer dans une profession comme l’agriculture où les investissements sont lourds et les retours sur investissements très longs ? ». 

L’autre interrogation principale concerne le manque de traçabilité des produits agricoles qui seraient importés en France via ce traité. Valérie Imbert, Secrétaire Générale de la FDSEA en Aveyron explique :

On sait par exemple que ces animaux sont nourris aux farines animales… Ils n’auront de toutes façons pas les standards de qualité européenne. En tant que consommateurs, on n’aura plus aucune maîtrise sur ce que l’on mange, notamment pour ce qui est des plats cuisinés, la restauration collective… on en mangera tous sans avoir le choix.

Quid du MERCOSUR ?

Alors que le gouvernement français vient finalement d’annoncer son opposition au traité de libre-échange entre l’Union Européenne et les pays du MERCOSUR, le monde agricole sent poindre l’espoir d’être entendu :

On s’oppose à cet accord depuis le début des discussions donc on salue forcément cette annonce. Ça crédibilise nos arguments.

Après, on reste vigilant : on ne fera pas confiance les yeux fermés.