Alertes LGBTQI, l’arc-en-ciel de l’Aveyron

Créée en juin 2012 en réaction aux manifestations de la Manif pour tous, l’association LGBTQI Alertes (pour Aveyronnais en Lutte Pour l’Égalité et le Respect de Tous et toutES) écoute et soutien les personnes LGBTQI en difficulté, tout en organisant des opérations de sensibilisation aux discriminations homophobes.

Alertes LGBTQI, l’arc-en-ciel de l’Aveyron
De gauche à droite : Céline, Darie, Michel et Eleana.

Lancée comme un cri du cœur par Marie, Amanda et Nicolas il y a sept ans, l’association Alertes a pris peu à peu de l’ampleur grâce au soutien d’associations locales comme le Relais VIH Rodez ou la Ligue des Droits de l’homme. Reprise depuis trois ans par les deux co-présidents Céline Ransinangue et Michel Megnin, elle est soutenue dans ses actions par une quarantaine d’adhérents. Portait de l’unique association LGBTQI d’Aveyron, qui lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre.

Objectifs : écouter, rassembler, sensibiliser

Parmi les nombreux buts de l’association, l’un des plus importants pour ses bénévoles est d’être une porte ouverte aux personnes qui se sentent isolées, victimes d’un mal-être, d’exclusion ou de discrimination par la famille ou le monde du travail. Ce qui passe par une écoute de jeunes en questionnement sur leur genre ou leur orientation sexuelle, comme par l’accompagnement à des personnes qui souhaitent engager une transition.

Si, plus jeune, j’avais vu des trans dans la réalité, quelqu’un comme moi, plutôt que de les regarder via les reportages à la télé qui ne montrent que de la prostitution ou de la pornographie sur Internet, ça aurait changé les choses.

Eleana, jeune femme trans et engagée dans l’association.

Depuis deux ans, l’association travaille de plus en plus avec des demandeurs d’asiles, en collaboration avec les travailleurs sociaux, avec pour fonction l’orientation et surtout le soutien psychologique et administratif. En effet, la majorité des personnes réfugiées soutenues par Alertes viennent de pays où leur orientation sexuelle les condamne à la prison ou à la mort et leur parcours pour obtenir la protection de l’État français passe par la rédaction d’un « récit de vie »: l’association leur permet de verbaliser leurs parcours et les dangers rencontrés, sans peur du jugement.

Autre rôle essentiel, la sensibilisation dans les établissements scolaires, la plupart du temps à la demande d’une personne de l’équipe pédagogique. « On n’a pas de programme tout fait, on peut construire des projets en collaboration avec des institutions. » affirme Céline, co-directrice. Plusieurs établissements ont pu bénéficier des ateliers de sensibilisation, comme le lycée La Roque à Onet-le-Château, celui de Villefranche, ou encore la MJC de Rodez.

On n’y va pas avec une casquette associative et des drapeaux militants. Notre but est de faire émerger la parole et les contradictions au sein des groupes. Parce qu’on s’aperçoit que derrière une certaine bienveillance, quand on gratte le vernis et quand on creuse certaines questions comme celle de l’homoparentalité, le « oui » de principe devient un peu plus réticent.

Michel Megnin, co-président

Provoquer le débat chez les jeunes sans pousser au militantisme, voilà toute l’idée : « On y va pour semer des petites graines dans la tête des gens. » résume Michel dans un sourire.

De la même manière, Alertes essaye de donner une visibilité à leur message en s’appuyant sur des œuvres culturelles (cinéma, littérature jeunesse, séries, BD, manga) qui ont de plus en plus tendance à s’approprier le sujet, créant ainsi une certaine banalisation des personnes LGBT dans la fiction. « C’est bien que le sujet arrive aux gens sans qu’ils ne le cherchent », se réjouit Céline. Les bénévoles d’Alertes reprennent d’ailleurs ces œuvres culturelles pour monter des pièces de théâtre, ou des expositions dans les mairies et les bibliothèques (celle de Villefranche sur la littérature jeunesse a ramené plus de vingt classes). « C’est à cette occasion par exemple qu’un petit garçon qui se sentait attiré par les garçons est venu en parler à la bibliothécaire. Ça amène une ouverture. », raconte Céline.

Articuler l’année sur des moments forts

Malgré un nombre limité de bénévoles, l’association se mobilise autour de plusieurs grandes dates importantes pour la communauté LGBTQI :

  • Le Festival Images aux Maux en février propose des projections de films accompagnés de débats. Alerte relaye ce festival toulousain à tout l’Aveyron en faisant participer des associations locales comme Rencontre à la campagne à Rieupeyroux ou encore à Millau, Decazeville, ou Villefranche. « Ça permet de mélanger le public, insiste Michel. L’idéal c’est quand l’évènement amène le public du cinéma, le partenaire associatif et nous.» Ces projections permettent de « mettre en avant des problématiques via des films qu’on ne peut pas forcément voir partout » affirme Darie, dynamique adhérente de Millau qui essaye de mettre en place de nouvelles initiatives dans sa ville.
  • La Journée du souvenir des victimes de la Déportation fin avril : les associations LGBTQI participent officiellement à cette cérémonie depuis seulement deux ans. Cette présence symbolique est importante car elle permet de ne pas oublier les personnes homosexuelles victimes elles-aussi des déportations. Elle permet également aux associations concernées de leur donner une légitimité:

Car ça a souvent été refusé au sein des associations mémorielles : par le passé on a pu être témoin d’une situation de minorité discriminée qui elle-même discrimine une autre minorité. Et ça a été un long combat pour que ces associations LGBT soient reconnues et légitimes dans cet événement.

Michel Megnin, co-président
  • Le Sidaction au mois d’avril, organisé avec le Relais VIH de Rodez, avec la création de points de collecte sur les marchés et dans les supermarchés.
  • La Semaines des Fiertés : pour le 17 mai qui célèbre la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, Alertes organise un rassemblement sur la place de l’hôtel de ville de Rodez, puis plusieurs évènements avant de finir en beauté en participant aux Marches des Fiertés de Toulouse et Montpellier.
Les membres de l’association lors de la Marche des Fiertés de Montpellier en juin 2019.

Il existe d’autres journées officielles comme la Journée internationale du souvenir trans (TDOR) le 20 novembre, la Journée internationale de la visibilité trans (TDOV) le 31 mars, ou encore la Journée de la bisexualité le 23 septembre, mais le manque de personnes pour lancer les initiatives freine l’enthousiasme des bénévoles qui ne peuvent être présents toute l’année ni partout en Aveyron.

En alternance de ces journées militantes, l’association insiste également sur le côté convivial et les rencontres entre personnes exposées aux même problématiques de genre ou de sexualité : les randonnées et les apéros font intégralement partie du programme de l’association. Vous pouvez d’ailleurs les retrouver dès ce week-end à Pont-de-Salars pour une journée Alertes à la plage. Au programme : pique nique, après-midi plage, bronzage et sieste.

Travailler de synergie avec les autres associations

La politique de l’association étant l’ouverture, elle s’emploie à travailler main dans la main avec plusieurs associations locales comme le Planning familial de Rodez ou l’association Myriade à Millau. « Dans un département comme l’Aveyron, il vaut mieux faire du partenariat avec d’autres associations car ça ouvre la thématique LGBT à tous, on ne reste pas dans un ghetto. » affirme Céline. C’est de cette manière que l’association a pu faire venir le Cœur gay de Toulouse sur le marché de Marcillac il y a deux ans, un « joli souvenir » pour tous les membres de l’association. L’année dernière, un partenariat a été créé avec l’ancien club de rugby de Rodez avec une opération de sensibilisation via la vente de maillots spécialement créés pour l’occasion et la signature de la Charte contre l’homophobie dans le sport par les présidents du club.

L’Aveyron, pas si LGBT friendly

Peu d’adhérents de l’association ont été victimes de violences homophobes en Aveyron et si notre département offre en apparence une ouverture d’esprit sur la question des personnes LGBTQI, il ressort des témoignages que le moindre conflit peut faire ressortir une homophobie larvée. « Il vaut mieux être discret et mener une vie normale. » témoigne Michel qui affirme que tout se passe bien si on arrive à rentrer dans le moule sans faire de vague car tout militantisme est parfois vu comme une provocation.

L’effet de groupe joue beaucoup : quand j’étais jeune et que je participais à la fête des conscrits il y a 10 ans, il y avait quelques couples gays dans le village. Quand on passait de maison en maison, il ne fallait pas s’arrêter dans ces maisons-là sous peine d’être rejeté.

Eleana

Mais les apparences sont sauves : l’association est aujourd’hui bien intégrée par tous et a trouvé sa place parmi les instances officielles. Alertes bénéficie des financements de la Communauté d’agglomération de Rodez, de la DILCRA (Délégation Interministérielle pour la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et anti LGBT) et de la DDCSPP (Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations) sur des évènements temporaires. « La présence de l’association est une évolution dans le département » affirme Céline, mais pour Michel, il y a encore du pain du la planche : « Ce n’est pas parce que sur le papier toutes les lois sont votées concernant l’égalité des droits qu’il n’y aura pas du travail à faire pour faire évoluer les mentalités. »

L’association est ouverte à tous, quels que soient le genre ou l’orientation sexuelle (lesbienne, gay, bisexuel, transsexuel, hétérosexuel…). Si vous vous sentez concernés par la lutte contre les discriminations ou souhaitez devenir bénévoles, n’hésitez pas à contacter l’association via leur site web, page Facebook, mail ou par téléphone au 07 81 61 88 28.