Massacre de Sainte Radegonde. Annie, fille de fusillé, se souvient

Officiels, élus, familles et public se sont recueillis devant le monument de Sainte Radegonde ce samedi 17 août. @ADN12

Toujours bien présente dans les esprits de la population, la cérémonie du 17 août 1944 a drainé beaucoup de monde, toutes générations confondues. « Pour ne pas oublier » sont les mots qui reviennent en boucle. Le service départemental de l’office national des anciens combattants et victimes de guerre de l’Aveyron (ONAC-VG) a organisé devant le monument aux morts à Sainte-Radegonde, ce samedi 17 août, en partenariat avec le comité du mémorial de Sainte-Radegonde et le comité départemental de la randonnée pédestre de l’Aveyron, la cérémonie du 75e anniversaire du massacre du champ de tir.

Les préparatifs du départ des Allemands

Pour éviter l’encerclement des troupes allemandes, le général Johannes Blaskowitz, commandant du groupe d’armées G (Toulouse) donna l’ordre de repli : les Allemands quitteront Rodez le 18 août à partir de 4 heures. Le chef des renseignements allemand à Rodez donne l’ordre d’exécuter 31 otages et résistants de 17 à 53 ans avant de quitter Rodez. Fienemann s’empresse en début d’après-midi de constituer un peloton d’exécution (une trentaine de soldats). Le champ de tir est choisi pour abattre les détenus en toute discrétion. Les prisonniers sont extraits de leurs cellules du Burloup, attachés deux par deux avec du fil électrique. Chargés sur les camions pour aller vers le lieu d’exécution. Lors du convoi, un homme, non attaché, réussi à prendre la fuite. Les prisonniers sont alignés devant la tranchée… Une Marseillaise s’élève alors et se termine par des rafales de mitraillettes. Dans les nuits suivantes, les troupes d’occupation font sauter les dépôts de munitions et abandonnent Rodez le 18 août à l’aube.

Quelques heures plus tard, les habitants de Sainte-Radegonde, Gabrielle Ferrié, Santiago (ouvrier agricole), Vallat (menuisier), Céleste Cadars (fermier), Marcel Vanuxem et André Geniez découvrent les corps mutilés. La triste nouvelle se répand dans un Rodez libéré. Douze des trente martyrs étaient aveyronnais.

Annie Ethève, fille de fusillé 

Cela fait 75 ans. Mon père avait 32 ans quand il a été fusillé.

Annie été alors une petite fille de 8 ans, née à Saint-Affrique où son père travaillait comme ingénieur électricien. Il faisait l’électrification des campagnes. « Mon père faisait partie de la résistance. Il a été fait prisonnier en 1941, après s’être évadé il est revenu en Aveyron et tout en reprenant son métier, Maurice Ethève, avec son collègue Edmond Devillers entre dans la résistance pendant 4 ans ».

Les enfants de Sainte Radegonde ont jeté des fleurs dans la tranchée.

Il a été arrêté lors d’un déplacement avec Edmond Devillers, une dizaine de jours avant d’être fusillé. Maurice Ethève avait en possession sur lui une liste de noms de résistants locaux. Transféré à Rodez, il a été torturé et à la veille du départ des allemands de Rodez, amené à Sainte Radegonde pour être fusillé avec 29 autres prisonniers et otages

« Pendant longtemps avec ma mère le sujet est resté au fond de nous, sans jamais en parler a personne, ni même à la maison on évitait d’aborder cette douloureuse peine », confie Annie Ethève (Marigiano, de nom de mariage). Les années aplanissent les émotions, aujourd’hui Annie s’ouvre un peu plus, elle souhaite faire partager son vécu à ses cinq petits enfants, Bastien et Iris, qui comme cet après-midi sont venus de Montpellier pour accompagner leur grand-mère et assister pour la première fois à la cérémonie.

Toutes les autorités présentes ont déposé des gerbes de fleurs devant le monument aux morts.