Le parc animalier de Gages a perdu 60 % de sa fréquentation depuis le retrait de ses panneaux publicitaires !

Jean-Paul Ollivier et son fils Florent devant un des panneaux qui ornaient autrefois le bord des routes. ©ADN12

Souvenez-vous, c’était en 2015 : Ségolène Royal retirait les panneaux publicitaires du bord des routes, arguant vouloir lutter contre la « pollution visuelle ». Quatre ans après, le bilan est cruel pour certains professionnels du tourisme aveyronnais, parmi lesquels la ferme-auberge Saint Hubert de Gages et son parc animalier, qui ont vu leurs fréquentations dégringoler au fil des années…

Nous voici à Gages, à 15 minutes de Rodez, dans le parc animalier du Saint-Hubert, où vivent 150 cerfs, daims, sangliers et mouflons…Un parc de 28 hectares créé par Jean-Paul Olivier il y a une trentaine d’années. Il n’y a pas si longtemps, 5 à 6 000 visiteurs s’y pressaient chaque année tandis que le restaurant et les hébergements attenants faisaient le plein…mais tout a changé de manière assez subite…

Fin de la signalisation sur la N88

2015 : Ségolène Royal, alors Ministre de l’Environnement, décide d’interdire toutes les pré-enseignes en bord de routes des communes de moins de 10 000 habitants, et ce pour lutter contre la « pollution visuelle » que ces panneaux publicitaires engendreraient.

Conséquence pour le parc du Saint-Hubert : le retrait de ses huit affichages en aluminium, installés sur le bord de la Nationale 88, sous peine d’une amende de 200 euros par jour et par panneau et la suppression d’une signalisation essentielle sur un axe de passage stratégique sur la route d’Albi et Toulouse : « c’était des panneaux d’1m sur 1m50 bien visibles des automobilistes, raconte Jean-Paul Olivier, ils étaient indispensables à notre activité car notre parc n’est pas visible depuis la route. Depuis, ils nous ont mis des petites flêches bleues de trente centimètres…Comment voulez-vous que les automobilistes les voient quand ils roulent à 90 km/h ?! ».

Un questionnement d’autant plus compréhensible que les flêches ne mentionnent pas l’activité « parc animalier » du Saint-Hubert : « c’est facile : ceux qui connaissent le parc le trouvent, les autres n’en n’ont même pas connaissance ! » peste le propriétaire des lieux.

De 6 000 visiteurs à moins de 2 000 !

Les répercussions économiques se sont enchaînées très rapidement pour les activités de Jean-Paul Olivier et elles ont été dramatiques :

ça nous a privé de tous les touristes de passage. Sur le parc animalier, on est passé d’une centaine de visiteurs par jour à une petite trentaine. Sur une saison c’est 4 000 personnes en moins ! Il a fallu se séparer de nos 5 contrats saisonniers. Quant aux activités hébergement et restauration, elles sont presque tombées à zéro !

Jean-Paul Olivier est d’autant plus triste que c’est avec l’auberge qu’il avait lancé son complexe touristique et il y servait jusqu’à 3 000 repas en un mois et demi de saison. Aujourd’hui, il ne l’ouvre que sur réservations, pour des célébrations familiales :

Ce qui est terrible depuis ce retrait des panneaux, c’est qu’en à peine 4 ans, on a perdu 23 fermes-auberges en Aveyron ! Il n’en reste plus que 5 ! Il faut arrêter l’hémorragie ! Qu’on arrête de massacrer les petits lieux touristiques hors des grands axes !

Avant 2015, l

Jean-Paul Olivier le soutient : « certains départements n’appliquent pas aussi sévèrement cette loi » et d’en appeler aux pouvoirs publics locaux pour retrouver le niveau d’activité « d’avant »… Quand la fréquentation justifiait un travail de 18 h par jour, sept jours sur sept…

Travailler à côté pour pouvoir continuer

Aujourd’hui c’est une réalité pour la famille Olivier, leur parc n’est pas assez rentable pour pouvoir salarier qui que ce soit : « on ne peut plus en vivre, ce que l’on gagne couvre juste les frais de fonctionnement : l’entretien du parc et la prise en charge des bêtes ».

Eleveur passionné depuis toujours, cet ancien salarié dans l’électroménager a pris sa retraite et se consacre corps et âme à son parc, menant les ballades en roulotte quotidiennes à travers ceux qu’il nomment ses « enfants », intarissable d’explications sur ses protégés et avec une seule idée en tête : « que mes animaux soient heureux ». 

Désormais, c’est son fils Florent qui va prendre les rênes du volet économique. Lui qui a grandi au milieu du parc : « j’ai 28 ans donc j’ai toujours connu la vie avec les animaux. Mon père m’a transmis sa passion et si je pouvais vivre uniquement de ça, je le ferai » explique celui qui doit pourtant travailler comme commercial pour une société de matériaux mais qui espère pouvoir développer le Saint-Hubert à l’avenir : « je suis la nouvelle génération et j’ai plein d’idées pour renforcer le parc et devélopper sa communication » sourit-il

Transmission de passion pour Florent Olivier, 6 ans. DR

En attendant, si la ferme-auberge du Saint-Hubert vivote, il n’en reste pas moins que ceux qui ont fait le déplacement ce jour de juillet pour admirer la faune sauvage se disent ravis « de voir des animaux en liberté, de pouvoir les toucher, d’être proches d’eux et de profiter de la vue sur les hauts plateaux de l’Aubrac »… eux qui sont venus avec leur GPS ou sur les conseils d’Offices de Tourisme mais jamais « par hasard », ou au fil de la route…

Pour plus d’informations sur le parc animalier et la ferme auberge de Jean-Paul et Florent Olivier : http://parc-animalier-auberge.fr/.