Aveyron. Les militants Force Ouvrière à Paris contre le projet de réforme des retraites

Le Secrétaire Départemental FO Emmanuel Dumas, entouré de Jérôme Nigris (Villefranche-de-Rouergue) et Philippe Cauffet (Decazeville). ©ADN12

Alors qu’une nouvelle réforme des retraites se profile pour le début d’année prochaine, ses premières orientations ont été rendues publiques par le haut commissaire en charge du dossier, Jean-Paul Delevoye. Un rapport très loin de satisfaire l’Union Départementale de Force Ouvrière, qui prévoit d’ores et déjà de participer au rassemblement national de protestation, le 21 septembre prochain à Paris.

« Ce n’est pas une feuille de route, c’est une feuille de déroute pour les salariés nés après 1963 ! » : le secrétaire de l’Union Départementale de Force Ouvrière, Emmanuel Dumas, ne décolère pas. Le rapport Delevoye, remis jeudi 18 juillet au gouvernement pour préparer la prochaine réforme des retraites, « est à revoir sur toutes les lignes » selon le responsable syndical aveyronnais. 

Retraite par points

Principal point de crispation : la mise en place pour tous les salariés d’un système de retraite par points. « On nous annonce que 10 euros de revenus équivaudront à 1 point. Point qui donnera ensuite droit à 55 centimes à la retraite. Mais dans le même temps, on nous dit que la valeur du point va fluctuer selon un certain nombre de critères : situation économique du pays, situation de l’emploi, dépenses publiques, espérance de vie… ça fait beaucoup de « si » ! En gros l’État fera ce qu’il veut avec la valeur du point ! » peste Emmanuel Dumas, avant de prendre exemple sur la Suède, qui a intégré le système de retaite par points dès 1998 :

Avec ce système par points, en Suède, certains retraités sont passés de 70 % de leur salaire à 55 % ! Les cadres eux-mêmes ont perdu 15 % de pouvoir d’achat ! Idem pour les anglais, quand la valeur du point a été abaissée dans les années 2010, on les a vus vendre leurs maisons dans le Lot. Pourquoi quitter un système que tout le monde nous envie ?

Quel traitement pour les carrières hachées, les temps partiels, les congés parentaux, les périodes de chômage ? Jérôme Nigris, secrétaire de l’Union Locale de Villefranche-de-Rouergue craint que ces travailleurs soient les premiers pénalisés : « Le rapport préconise par exemple que les chômeurs indemnisés aient des points, les autres non. Ça fait beaucoup de laissés pour compte. » 

Le secrétaire villefranchois redoute que la volonté égalitariste prônée par le gouvernement d’Edouard Philippe ne cache en réalité la mise en place d’un système injuste dans lequel seuls ceux qui auront les moyens de payer une retraite complémentaire s’en sortiront :

Ça va faire comme pour la sécurité sociale : on voit aujourd’hui que les mutuelles prennent le pas sur le régime général. Demain avec cette réforme, ce seront les retraites complémentaires qui l’emporteront sur les pensions de base. On se dirige vers un système à l’américaine !

Régime universel et caisse commune

Conséquence directe du rapport Delevoye : la fin des 42 régimes de retraite spécifiques et la création d’un système universel pour l’ensemble des salariés, entrainant la fusion des caisses de retraite et la création d’une caisse commune nationale. Emmanuel Dumas regrette que syndicats et patronat n’aient pas de droit de regard sur la gestion de ces fonds : « On estime à 140 milliards d’euros les économies détenues par l’ensemble des caisses existantes. L’État va donc mettre la main sur un véritable pactole, sans qu’il n’y ait aucune traçabilité possible. »

Finis donc les régimes spéciaux et les différences de calculs. Premiers concernés : les agents de la Fonction Publique, dont la retraite était jusqu’ici basée sur les six derniers mois de travail et qui verraient avec cette proposition leurs retraites calculées sur les 25 dernières années, comme dans le secteur privé. Un projet qui fait bondir le secrétaire FO de Decazeville, Philippe Cauffet :

Les fonctionnaires débutent en bas de l’échelle salariale et sont augmentés en toute fin de carrière. C’est pour combler ce retard sur le privé qu’on prenait en compte les six derniers mois de travail. Là, si on prend les 25 dernières années, c’est un coup de poing dans la figure !

Une proposition d’autant plus rageante pour l’élu FO que le texte prévoit l’intégration des primes dans le calcul des pensions : « Mais qui touche des primes dans la Fonction Publique ? En tout cas ce ne sont pas les petits salaires ! Pour nous c’est vraiment la triple lame car notre point d’indice n’a pas bougé depuis 2010. Ça signifie simplement une baisse du pouvoir d’achat… ».

Rentrée combative

Pour toutes ces raisons, le syndicat Force Ouvrière organise un meeting national de rentrée à Paris le 21 septembre prochain, auquel prévoit de participer une délégation aveyronnaise, conduite par Emmanuel Dumas : « On veut engager un rapport de force. Le gouvernement se trompe de stratégie. Il devrait plutôt favoriser la création d’emplois pour sauver notre système intergénérationnel. Le texte est pour l’instant à l’état de rapport, on n’est pas mort. Il faut agir avant la proposition de loi. »

Le projet définitif du gouvernement devrait être présenté d’ici la fin d’année avant d’être débattu devant le Parlement en début d’année prochaine pour une application espérée à l’horizon 2025.