Vabres-l’Abbaye. Henri-Jean Rozenzwejg, un enseignant qui a gardé son âme d’enfant

Henri-Jean Rozenzwejg a fêté son départ à la retraite mercredi 3 juillet : « Pour moi, être enseignant, c’est être l'alter ego des enfants »

Mercredi 3 juillet, l’émotion était grande à l’école publique Jean-de-La-Fontaine à Vabres-l’Abbaye. Henri-Jean Rozenzwejg fêtait son départ à la retraite, après 35 ans d’une carrière passionnée. Un parcours au service des enfants, de leur épanouissement, solidement enraciné dans le terreau de la fraternité… laïque.

« Mon parcours est jalonné de chance », admet Henri-Jean Rozenzwejg. « J’ai fait partie du recrutement massif d’enseignants après l’élection de François Mitterrand. Il y avait plus de postes que de candidats… ». Le concours en poche, il est nommé pour un an en Seine-et-Marne dans un centre de rééducation, avec des enfants handicapés. Une classe « particulière », avec des élèves de la maternelle CP.

Certains étaient là 15 jours, d’autres 6 mois… Je n’étais pas formé, mais avec eux, j’ai tellement appris.

Il se rappelle avec émotion, « Sylvie qui bougeait les yeux et la main gauche, c’est tout. Et Mohammed, avec ses jambes atrophiées. Il ne voulait pas parler. Il souriait. Et puis un jour, quatre mois après la rentrée, il s’est mis à réciter toutes les comptines, tout ce qu’on avait raconté depuis le début de l’année, sans que je puisse l’arrêter ».

« Aujourd’hui, on ne pourrait plus faire ce genre de choses »

En 1984, il est nommé à Chelles, dans une zone d’éducation prioritaire, « où l’on voyait la presse quand parfois, quelque chose brûlait. Mais le reste du temps, on ne voyait pas grand monde », déplore-t-il. Durant dix ans, il « apprend à travailler en équipe pour faire face aux difficultés ». Il construit un projet avec des écoles sénégalaises, pour installer des toilettes et un point d’eau, créer un potager et une bibliothèque. Il réussira même à amener une partie des élèves au Sénégal, dans la région de Louga. 

Aujourd’hui, on ne pourrait plus faire ce genre de choses. C’est dommage, parce qu’après ça, on n’a plus peur en tant qu’enseignant.

En 1994 , l’Aveyron lui ouvre les bras. Son épouse, également enseignante, est nommée à Saint-Affrique. Lui à Saint-Sernin-sur-Rance, avec des élèves de maternelle. C’est une totale découverte. Mais « par chance », il est accueilli par « Suzanne, une Atsem* formidable. C’est elle qui m’apprend mon métier, ce n’est pas l’éducation nationale. » Mais pas évident de mener sa barque avec 33 élèves sur 4 niveaux. « Mon corps a dit stop. J’ai perdu ma voix pendant trois semaines. J’ai été le premier instituteur de Midi-Pyrénées à utiliser un micro pour faire la classe », se rappelle-t-il avec amusement.

Puis en 2006, il est nommé sur le seul poste vacant de l’Aveyron à Vabres-l’Abbaye, où il finira donc sa carrière le 5 juillet 2019.

« Je suis heureux d’être naïf »

Quand il fait le bilan des 35 ans de vie en tant qu’enseignant, Henri-Jean Rozenzwejg ne peut s’empêcher d’évoquer une des valeurs qui lui tient le plus à cœur : l’école publique et laïque.

J’ai toujours défendu l’école publique, parce que l’école publique c’est l’école pour tout le monde. Et si on veut que dans notre société il n’y ait pas de violence, qu’il n’y ait plus de discrimination, pourquoi dès l’enfance on les sépare ?

Etre soi, dans la fraternité, et rester enfantin dans sa tête. Telle est la philosophie de Henri-Jean Rozenzwejg. « L’étranger qui arrive, je ne crois pas qu’il vient pour me piquer ma place. Il vient parce qu’il est dans la souffrance. Il faut rester naïf. Je suis heureux d’être naïf. Les valeurs de ma vie, c’est ça… ».

Des valeurs qu’il compte bien faire vivre, sous une autre forme d’engagement, « un peu plus jaune », sourit-il. A l’aube d’une nouveau chapitre de sa vie, Henri-Jean Rozenzwejg garde donc son âme d’enfant, et compte bien continuer à contribuer au « vivre-ensemble, à l’égalité, et à la justice ». « Je quitte l’administration avec grand plaisir. Mais pas les enfants », conclut-il les yeux humides.