Les agriculteurs aveyronnais bâtissent un mur de la colère contre les lourdeurs de l’Administration

Les agriculteurs aveyronnais ont édifié un mur en briques devant la Direction Départementale des Territoires à Rodez. ©ADN12

150 agriculteurs en colère sont venus de tout le département ce mercredi soir pour manifester devant la Direction Départementale des Territoires à Rodez. Dans leur viseur : les lenteurs administratives, les délais d’indemnisation des calamités sécheresse 2018 et la multiplication des contrôles d’exploitation. Ils disent craindre de graves problèmes de trésorerie dans les mois à venir…

Ils ont répondu à l’appel de leurs syndicats, FDSEA et Jeunes Agriculteurs. Depuis les quatre coins du département, et après une nouvelle journée de labeur, ils n’ont pas hésité à prendre la route pour se rassembler à Rodez ce mercredi soir, devant la Direction Départementale des Territoires, l’organe public en charge du suivi de l’activité agricole. Les agriculteurs aveyronnais en ont marre et veulent le faire savoir. 

Hausse des contrôles en Aveyron

C’est une information révélée au début du mois qui a mis le feu aux poudres : plus de 800 exploitations aveyronnaises seront contrôlées par les services de l’Etat cette année. Un chiffre multiplié par deux par rapport à l’an passé et qui concerne 12% des fermes du département. « On n’est pas contre les contrôles, ils sont nécessaires, explique le président de la FDSEA de l’Aveyron, Laurent Saint-Affre. Ce que l’on ne comprend pas, c’est qu’on soit à 12% quand le taux national moyen est à 5% ! Pourquoi un tel décalage ? Pourquoi un tel acharnement ? » 

Un phénomène d’autant moins bien accueilli que le département est plutôt bon élève en termes de taux de conformité des déclarations… « Plus on est honnête, plus on est contrôlé » peste Laurent Saint-Affre, soutenu par son homologue des Jeunes Agriculteurs, Anthony Quintard : « Nous sommes constamment présumés coupables ! Il faut bien se rendre compte que pour nous, les déclarations PAC représentent l’enjeu de l’année. Elles conditionnent les versements, les sanctions éventuelles… On a forcément peur de mal faire ! » Certains réclament des contrôles pédagogiques et l’accentuation de l’aide administrative : « Seuls 35 % des déclarations sont faites directement par l’agriculteur, les autres ont besoin de l’aide d’un organisme. Quand vous voyez qu’en cas de litige sur la surface des parcelles, on vous envoie une photosatellite par mail, c’est inadmissible ! Combien ont le débit internet suffisant pour les ouvrir ? Combien ont la maîtrise informatique suffisante ? » Des procédures longues et éprouvantes qui retardent d’autant plus le versement des aides et mènent à des problèmes de trésorerie, comme en témoigne Michel, éleveur aveyronnais : 

L’an dernier, les premiers versements sont arrivés en décembre. Il a fallu payer les factures en retard, demander des avances à court terme à la banque, ça engendre des surcoûts… C’est la double peine. On a le moral au fond des chaussettes !

Sécheresse 2018 : retard dans l’indemnisation

Des problèmes de trésorerie que les manifestants imputent également au retard des indemnisations des calamités sécheresse 2018 : « Il y a 1 650 dossiers en attente, détaille le président de la FDSEA. Les premiers accomptes devaient être versés ce mois-ci. Or, on nous annonce qu’ils ne le seront pas avant l’automne ! Les frais engagés l’hiver dernier pour refaire les stocks de fourrages pèsent lourd. Ironie de l’histoire : les vacataires prévus pour l’instruction des dossiers sont finalement affectés au contrôle des exploitations ! » Une inquiétude accentuée par la menace d’un nouvel épisode de sécheresse : « Si les récoltes du printemps ont été plutôt bonnes, dans certains coins du département, il en manque déjà, prévient Anthony Quintard. Dans le nord-Aveyron, certains prélèvent déjà dans les stocks et le risque frémit de voir à nouveau des bêtes vendues pour acheter du fourrage. » 

Les agriculteurs aveyronnais déterminés à se faire entendre et régler leurs problèmes de trésorerie.

Autre point de crispation pour les agriculteurs aveyronnais : la lenteur des instructions des dossiers d’aides à l’aménagement et à l’installation des jeunes. « Il faut compter au moins six mois d’instruction, regrette le président des JA. Au final, c’est toujours la même chose : les projets sont repoussés et cela crée des problèmes de trésorerie… ».

Des promesses a minima

Des réclamations qu’ils ont pu porter directement auprès du directeur de la DDT, Laurent Wendling, qui avait eu le temps de sortir du bâtiment avant qu’il ne soit muré par les manifestants. Un dialogue constructif qui aura au moins mené à un engagement ferme : le versement, dès la fin du mois d’août, des indemnisations liées à la sécheresse des 800 premiers dossiers, soit un peu moins de la moitié des ayant-droits. 

Le directeur de la DDT (à droite) promet des résultats aux syndicalistes de la FDSEA et des JA.

Pour le reste, Laurent Wendling se dit victime d’un manque d’effectif et promet de faire remonter les dysfonctionnements aux autorités compétentes : « Les contrôles sont décidés au niveau régional par l’organisme de paiement, l’ASP. Nous n’avons donc pas la latitude pour modifier le taux de contrôles. J’ai déjà remonté le problème car je suis aussi embêté que vous. On manque de moyens et de personnel vacataire pour réaliser les missions que l’on nous confie. Je dois faire des choix. J’assume par exemple de réduire l’accompagnement sur les téléprocédures pour accélérer les contrôles et donc l’instruction des dossiers. » 

Le directeur de la DDT promet également de faire son possible auprès du Conseil Régional pour accélérer les procédures d’aide à l’installation : « La DDT instruit ces dossiers pour le compte de la Région. C’est cette dernière qui a décidé de passer de trois à deux commissions permanentes annuelles, allongeant dans le même temps les délais d’instruction. »

Des violences à craindre ?

Des réponses et des promesses qui ne satisfont pas entièrement les manifestants, qui ont décidé de déverser du papier devant le mur construit plus tôt devant le portail de la DDT :

Les petits papiers, c’est notre quotidien. On les envoie à la pailleuse pour dénoncer la lenteur et la complexité des dossiers administratifs.

Des milliers de petits papiers déversés à la pailleuse pour dénoncer la complexité des dossiers de déclarations agricoles.

Les représentants syndicaux sont reçus ce jeudi par l’ASP de Toulouse, à qui ils renouvelleront leurs revendications avant de prévenir : « On est plutôt doux dans nos manifestations contrairement à certains départements voisins mais la prochaine fois pourrait être plus virulente. Même si ce n’est pas ce que l’on souhaite, l’administration doit faire attention à ne pas nous pousser vers des extrémités. »