Saint-Juery. Le bonheur est dans la prairie fleurie pour le Gaec Alvernhe de Lacan

Marc Alvernhe sur la prairie fleurie qu’il exploite sur la commune de Saint-Juéry.

Par leurs pratiques agricoles cohérentes, Marc Alvernhe et Christel Denarnaud ont décroché le premier prix d’excellence agro-écologique dans la catégorie des prairies fleuries, à l’échelle du Parc des Grands Causses, et au concours général agricole de Paris. Une récompense pour ces éleveurs de brebis passionnés et sensibles à leur environnement de travail et de vie, à Saint-Juéry.

Orchis à fleurs lâches, trèfle, marguerite, flouve odorante, knautie des prés, lotier… Pas moins de 64 espèces différentes ont été recensées sur la prairie fleurie de 2,5 ha « travaillée » par Marc Alvernhe et Christel Denarnaud à quelques kilomètres de leur Gaec Alvernhe de Lacan, à Saint-Juéry.

Cette parcelle riche en biodiversité a permis au couple d’éleveurs de brebis Lacaune de décrocher le premier prix d’excellence agro-écologique dans le concours des prairies fleuries, en catégorie fauche exclusive. D’abord à l’échelle du Parc naturel régional des Grands Causses en 2018 (parmi sept autres candidats), puis à l’échelle nationale lors du concours général agricole 2019 au Salon international de l’agriculture de Paris. Un résultat dû à la réunion de plusieurs paramètres cochés dans les fiches de notation exigeantes des jurys.

« Cette parcelle, où il y a un bon équilibre entre légumineuses et graminées, est parfaitement intégrée dans le système d’exploitation du Gaec avec un rôle agricole fort dans l’alimentation du troupeau », assure Laure Jacob, chargée de mission Faune et flore au Parc des Grands Causses et organisatrice du concours des prairies fleuries à l’échelle locale.

Au-delà des valeurs agronomiques et des pratiques qui permettent de maintenir et développer la biodiversité, il y a aussi une cohérence entre ce que va apporter cette parcelle et l’usage que vont en faire les agriculteurs. C’est à la fois très technique et teinté d’une valeur sentimentale très forte pour ces éleveurs. 

« En sec, à chaque parcelle, c’est un menu différent pour les brebis »

En se rendant sur place, sur le terrain en pente avec une vue imprenable sur le Saint-Affricain et le Lévézou, il est aisé de comprendre l’attachement à cet espace de biodiversité riche en espèces végétales mais aussi en insectes (papillons, abeilles, coccinelles…). Un attachement sentimental d’abord, parce que cette terre (louée à un propriétaire) est travaillée depuis plus de 50 ans par les Alvernhe. « Mon père la travaillait déjà », indique Marc Alvernhe qui a repris l’exploitation familiale de Lacan, en 1998, avec sa femme Christel Denarnaud.

C’est magnifique, on se régale à travailler là-haut. Aucun engrais minéral n’est apporté, c’est la nature qui gère. 

« Nous veillons à avoir une agriculture raisonnée », appuie Christel Denarnaud. « Et il faut voir l’appétence des brebis pour ce foin », ajoute Marc Alvernhe.

Le « fruit » de cette parcelle est en effet intégré à l’exploitation de 330 brebis adultes et 100 jeunes que les éleveurs souhaitent « garder à taille humaine sans entrer dans la logique de faire plus de lait ».

Les brebis sont sorties au maximum autour de la ferme de Lacan. Et cette parcelle, éloignée de l’exploitation, sert de stock pour l’automne et l’hiver. « Nous sommes dans un système sec » précise Marc Alvernhe. « Le sec, le foin, c’est une philosophie. Moi manger de la choucroute toute l’année (sous-entendu de l’enrubannage et de l’ensilage, NDLR), je n’aimerais pas. Nos brebis, c’est pareil. En sec, à chaque parcelle, c’est un menu différent pour les brebis. En humide, non. »

Tout est parti d’une petite coccinelle…

Pour expliquer sa « prise de conscience de l’importance de la biodiversité », Marc Alvernhe cite une anecdote.

Il y a une douzaine d’années, il y avait une attaque de chenilles sur les légumineuses. On parlait avec des collègues et on se disait qu’il fallait vite mettre des insecticides. Je vais voir la parcelle avec ma fille Sarah qui devait avoir 7 ou 8 ans. C’est vrai qu’il y avait des endroits avec des chenilles. On se promène et ma fille me dit : “Regarde papa, il y une coccinelle.” Plus loin, elle ajoute : “Regarde papa, une autre coccinelle.” Puis, une troisième… J’avais compris. Nous sommes rentrés à la maison. 

« Notre fille voulait savoir si l’insecticide allait tuer les coccinelles », raconte Christel.

Nous n’avions jamais utilisé d’insecticide. J’étais prêt à le faire et notre fille m’en a dissuadé… et nous n’avons pas tout perdu sur la parcelle touchée. 

« Trop souvent, on regarde la nature et on ne la voit pas. Il faut pourtant bien la voir pour analyser les choses. Sinon, c’est la routine, le danger », poursuit Marc Alvernhe.

Les membres des jurys du concours des prairies fleuries ont sorti leur loupe pour voir la nature à Saint-Juéry et la récompense est tombée. Un premier prix national.