Millau. Accusé de diffamation, un élu de l’opposition devant le tribunal de Rodez

L'affaire a été jugée au tribunal correctionnel, ce mercredi 26 juin. ©ADN12

Un élu de l’opposition municipale comparaissait ce mercredi 26 juin, devant le tribunal correctionnel de Rodez. Lors d’un conseil municipal, en novembre dernier, il a été accusé par la majorité et le directeur de cabinet du maire de diffamation.

Le 26 novembre 2018, à Millau, de nombreux agents communaux étaient en grève pour dénoncer l’absence de dialogue et défendre le service public. Un mouvement qui a conduit l’ensemble des grévistes à se réunir devant la mairie peu avant le conseil municipal prévu le soir même. Une ambiance houleuse qui s’est poursuivie jusque dans la salle du conseil où des manifestants ont fait irruption pour exprimer leurs revendications.

Les débats lors du conseil ont également été animés. Alors que le sujet tournait autour de la restructuration des effectifs, Nicolas Chiotti, élu d’opposition, s’est penché sur le bulletin municipal de la ville qu’il a qualifié de « propagande » avant de s’étonner qu’il soit imprimé à Mauguio (Hérault).

« Un délit de favoritisme »

Il s’étonnera encore plus de voir que le directeur de la publication de ce bulletin municipal n’est autre que le directeur de cabinet du maire de Millau, François-Xavier Monidol, originaire de Mauguio tout comme trois autres cadres de la mairie. Il a alors souhaité un éclaircissement pour savoir si le directeur de cabinet en question percevait deux salaires.

Frédéric Fabre, élu d’opposition, a renchéri en indiquant que de nombreuses imprimeries locales pourraient assurer ce service. C’est ce dernier qui fait l’objet de poursuites judiciaires après s’être lancé dans une comparaison entre les trophées « Made in Millau » et « Made in Mauguio ». Des propos qui n’ont pas plu au maire de Millau, Christophe Saint-Pierre, qui a pointé du doigt « la gravité des paroles » tenues par son opposant. Ce dernier lui répondra : « Je maintiens et j’assume ce que je dis. »

François-Xavier Monidol, mis au courant du déroulement des débats, ira à l’encontre de Frédéric Fabre à la fin de la séance et décidera de porter plainte à l’issue du conseil municipal suivant en l’absence d’excuses à son égard. Ce que l’élu d’opposition conteste. Il affirme que des excuses lui ont été présentées. 

Pour la partie civile, il s’agit d’un « délit de favoritisme » imputé à son client. D’autant plus que l’attribution de l’impression du bulletin en question a été votée en 2015 soit deux ans avant l’arrivée du directeur de cabinet à Millau. « Il faut vérifier ses sources », plaide l’avocate du barreau de l’Hérault. Qui ajoute, « quand on diffame en matière politique, on sait pourquoi on le fait ».

« Made in Mauguio »

À la barre, le prévenu évoque une « boutade ». Ce dernier a voulu « ironiser » sur les trophées des entreprises locales « Made in Millau » en les transformant en « Made in Mauguio ». Il conteste le fait d’avoir voulu « attaquer » personnellement le directeur de cabinet et évoque « un sujet politique ». Avant de « regretter » sa présence devant les magistrats, il a estimé que la ville de Millau était suréquipée autour du maire : « Ce sont des propos politiques qui entrent dans mon rôle d’opposant. »

Pour Me Gaudy, représentant la défense, il s’agit surtout « de protectionnisme » chez son client. « Ce qui est reproché, ce n’est pas d’être de l’Hérault, cela peut paraître inapproprié, mais c’est de ne pas favoriser le recrutement local. Et en Aveyron, on est un peu protectionniste. Ces propos sont tenus dans ce contexte-là. Il n’a jamais visé le directeur de cabinet et n’a jamais eu l’intention de commettre un délit de favoritisme. »

La décision a été mise en délibéré le 18 septembre.