Laguiole, un petit couteau chargé d’histoire

Un travail minutieux qui peut prendre jusqu'à 40 heures par couteau. ©ADN12

Depuis 1987, la Forge de Laguiole a ramené la fabrication des couteaux éponymes en son berceau. Reportage dans les coulisses de la fabrication.

À l’entrée de la zone de la Poujade, à Laguiole, un établissement moderne tape dans l’œil avec sur son toit, une lame gigantesque de 18 mètres. On ne s’y trompe pas, il s’agit bien de la Forge de Laguiole, dont l’architecture a été confiée à Philippe Starck, célèbre designer parisien.  À l’intérieur, la boutique expose tout un tas de couteaux dont les plus belles créations des couteliers aveyronnais avec des prix pouvant s’élever jusqu’à 2 500 €. Mais derrière ces petits couteaux se cache un savoir-faire unique et une histoire vieille de près de deux siècles.

S’il y avait déjà des fabrications de couteau à Laguiole, le premier coutelier à s’y être installé date de 1828. Par la suite, le couteau se développera et le premier trois pièces apparaitra avant que la Première Guerre mondiale n’entraîne la disparition d’une partie de l’effectif ouvrier au sein du village. Une partie de la production sera alors délocalisée à Thiers (Puy-de-Dôme).

Ramener la production dans son berceau

Au début des années 80, quatre personnes, des élus et des passionnés du plateau de l’Aubrac, ont donc voulu ramener la production au sein du village alors qu’elle se faisait rare. La Forge de Laguiole voit ainsi le jour en 1987.

Aujourd’hui, dans ses coulisses, 90 salariés dont plus de 25 couteliers confectionnent plusieurs gammes de couteaux Laguiole. Les « Traditions », « Éditions » et « Collections ». Pour chacune d’entre-elles, on trouve les fameuses abeilles qui sont soit forgées dans la masse pour les « Traditions », forgées puis ciselées à la main pour la gamme au-dessus et entièrement travaillées à la main pour les couteaux « Collections ».

La mise en forme, faite à la main pour chaque modèle, rend tous les couteaux uniques. Un travail méticuleux auquel nous avons pu assister et qui est également ouvert au public toute l’année.

Les lames chauffées à 1 000 °C

On y découvre les différentes étapes notamment celle de la forge dans laquelle les lames sont chauffées à 1 000 °C avant d’être forgées. L’acier T12 qui est travaillé en son sein provient des Aciéries de Bonpertuis (à proximité de Grenoble). Outre les lames, la forge fabrique également les mitres à partir de deux matériaux, l’acier inox et le laiton. Puis, la visite laisse place à l’atelier de sciage où on trouve des matières premières qui vont constituer le manche (bois, corne, os ou encore molaire de mammouth ou corail…). Un travail précis qui demande une parfaite symétrie. Les couteaux sont ensuite montés, à la main, de A à Z par chaque coutelier. En fonction des gammes, la durée du montage peut aller de trente minutes en comptant que l’assemblage jusqu’à plus de quarante heures pour un seul couteau.

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Un savoir-faire qui s’exporte à l’étranger

Tous les manches sont vernis avant l’étape finale qui consiste à polir le couteau. Il sera soit brillant soit satiné. Mais avant de pouvoir être exposé en vitrine, le couteau est nettoyé et passe dans les mains des contrôleurs.

Aujourd’hui, le couteau Laguiole a une renommée internationale et la Forge souhaite maintenir et transmettre ce savoir-faire. Leur produit s’exporte même à l’étranger. 60 % du chiffre de la Forge se fait en export, notamment en Europe (Allemagne, Royaume-Uni, Italie), via un réseau de revendeurs. En France, la Forge dispose de cinq boutiques (deux à Laguiole, une à Rodez, une à Toulouse et une à Paris).

Les légendes du couteau

Il existe plusieurs légendes autour du couteau. La première concerne l’abeille, placée à l’endroit qu’on qualifie de mouche (au-dessus du manche). Mais au départ, les premiers couteaux ne disposaient pas de l’abeille. On pouvait trouver des fleurs, des têtes d’animaux ou autres symboles distinctifs pour que chacun puisse reconnaitre son couteau. L’abeille est venue plus tard, dans les années 30 et une légende indique que Napoléon aurait permis aux Laguiolais d’apposer l’abeille impériale sur leur couteau pour les remercier de leur bravoure pendant les batailles.

On y retrouve également la croix du Berger. Une légende, également, raconte que cette croix servait aux paysans qui accompagnaient les bêtes qui migraient sur le plateau. Comme ils ne pouvaient pas se rendre à l’église, ils plantaient leur couteau dans le sol et priaient devant cette croix du Berger. Cela reste des légendes mais l’histoire et la qualité du couteau de Laguiole sont elles bien réelles et reconnues.

Un couteau de collection fabriqué avec du sable du Mont-Saint-Michel.