Saint-Jean-du-Bruel. Les élèves rencontrent la fille d’une Juste parmi les Nations

Dalila Belaïd Artis, enseignante, Henri Regord, maire, et Régine Haxaire, fille de Marie-Laurence Quatrefages. ©ADN12

Au lendemain de la cérémonie du 8 Mai 1945, les enfants de Saint-Jean-du-Bruel avaient un autre rendez-vous avec l’Histoire. Ils accueillaient dans leur école du Bruel, Régine Haxaire, fille de Marie-Laurence Quatrefages, Juste parmi les Nations. L’école communale, en cours de rénovation, va porter son nom.

A l’école, les enfants l’attendaient avec impatience. Les plus petits se faisaient sages et les plus grands avaient consciencieusement préparé toute une série de questions. Enfin la dame est arrivée, accompagnée par le maire Henri Regord.

Les plus petits, un peu intimidés, étaient assis en cercle. Ils ont offert une de leurs petites chaises à Régine Haxaire, fille de Marie-Laurence Quatrefages. Chaque enfant a dit son prénom, Régine a dit le sien et la petite conversation a commencé, presque à voix basse, comme une confidence.

Les souvenirs qui surgissaient étaient ceux d’une petite fille de cinq ans, une petite fille de leur âge, qui leur racontait ce qu’elle avait perçu de ces années de Seconde Guerre mondiale, ce qu’elle avait vu et ce que sa mère et ses grands frères et sœurs s’appliquaient quelquefois à lui cacher. 

Car il s’agissait bien de cela. Régine avait mené sans le savoir sa vie d’enfant dans une maison où sa maman prenait le risque d’accueillir et de cacher un juif poursuivi par les Allemands.

Sans le savoir, ou presque… il y avait bien eu cette fois où Régine avait aperçu un monsieur dans le couloir, mais on était parvenu à la persuader qu’elle avait cru le voir et qu’elle avait fait un cauchemar. La petite anecdote a beaucoup impressionné.

L’école du village va prendre le nom de Marie-Laurence Quatrefages

Et le courant passait si bien entre Régine et les enfants de la petite section que, là-haut, les grands s’impatientaient un peu. Ils avaient hâte de poser leurs questions. Avec les élèves de grande section, un nouveau dialogue s’est installé, plus construit, plus précis, mais très vite l’émotion et la complicité se sont installées.

Les enfants de l’école ont adopté la petite fille de 1943 venue leur dire avec des mots simples et précis, la vie d’une famille nombreuse et discrète, dans une petite maison de la place de l’Aire, qui ne se doutait pas qu’un jour maman Laure serait nommée Juste parmi les Nations et que l’école de son village porterait son nom.

D’autres familles dans la commune ont abrité des juifs et pris des risques semblables qui méritent reconnaissance. D’autres juifs n’ont pas eu la même chance. Beaucoup de choses encore restent à découvrir.

Une autre rencontre est prévue en septembre prochain, peu de temps avant l’inauguration officielle de l’école.