Aveyron. José Bové : « Société est en train de casser l’Appellation d’origine protégée »

Pour José Bové, le nouveau bleu de brebis commercialisé par Société, « c’est un scandale ». © Le Progrès

Le nouveau bleu de brebis commercialisé par Société continue à faire des remous. Après la CFDT, c’est au tour de José Bové de montrer les dents.

Le nouveau bleu de brebis commercialisé par Société continue à faire des remous. Après la CFDT, qui a dénoncé « une tromperie pour le consommateur et un danger pour l’emploi dans le bassin de Roquefort » (lire ici), c’est au tour de José Bové de montrer les dents.

Le député européen, qui a siégé pendant des années à la Confédération générale de Roquefort comme représentant des producteurs, ne masque pas sa colère :

C’est la plus grosse atteinte jamais portée à l’appellation d’origine roquefort.

Il tient entre ses mains une boîte de 110 g de ce nouveau « bleu de brebis, doux et fondant », estampillé de l’ovale vert, emblème du roquefort de Société des Caves.

José Bové rappelle que depuis la réforme de l’interprofession, « qui a vidé de sa substance le rôle de Confédération générale de Roquefort sous la pression de Lactalis, alors même que le règlement européen autorisait une gestion collective des volumes et des prix, chacun fait ce qu’il veut ».

« Un industriel historique de roquefort devient son propre destructeur »

« Résultat, ce qu’on est en train de vivre avec ce bleu de brebis, c’est une tentative de casser l’AOP. Les couleurs, l’aspect, la marque, cela  ressemble au Roquefort, mais ce n’est pas du Roquefort. C’est du grand n’importe quoi. »

Rappelant les luttes contre les « erstatz » de roquefort partout dans le monde, José Bové s’indigne de cette initiative de Société : « Pendant des années, on s’est battus contre St-Agur, ça a été un combat permanent, mais c’était un industriel extérieur, qui voulait piquer des parts de marché à Roquefort. Là, c’est pire, c’est un industriel historique de l’AOP qui devient lui-même le propre destructeur du roquefort. Ça n’est absolument pas acceptable… C’est la honte des hontes. »

Et de rappeler qu’il n’y a aucune garantie sur la zone de collecte, ni sur les modes de production :

On pourra avoir 1.000, 2.000, 3.000 brebis en stabulation qui ne mettent jamais le nez dehors, dans une zone de collecte illimitée, pour un fromage qui n’est pas au lait cru, mais pasteurisé.

José Bové ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec le  camembert de Normandie, AOP pour laquelle Lactalis a demandé que le cahier des charges soit assoupli pour autoriser le lait pasteurisé. « C’est la même logique qui est en marche à Roquefort », s’alarme le député.

« Confédération générale de Roquefort doit faire interdire ce bleu »

A quelques semaines de l’évènement « Roquefort en fête », José Bové s’interroge :

Est-ce qu’on peut décemment faire la fête du roquefort avec un scandale pareil ? Comment est-ce que Lactalis qui est au cœur du village de Roquefort, qui est propriétaire de la moitié du foncier, peut se retrouver là-dedans ?

José Bové demande très clairement que Confédération générale de Roquefort se positionne :

En tant que défenseur de l’appellation, c’est à elle aujourd’hui de faire interdire ce produit. Parce que c’est un faux. Est-ce qu’on laisse les clés de la Banque de France aux faux-monnayeurs ? Non. Et bien là c’est pareil.

Le Larzacien espère donc une réaction du territoire, de Confédération générale, et des producteurs – « même si ces derniers sont pris en otage » – « parce qu’on est partis sur le démontage de ce qui s’est construit pendant 150 ans autour du Combalou. » Et il prévient : « On peut aussi s’occuper de cette affaire à Bruxelles…Et d’ici quelques semaines, je ne serai plus député européen, donc après j’aurai du temps libre… ». José Bové semble bel et bien de retour au pays.