Roquefort-sur-Soulzon. Le nouveau bleu de brebis de Société n’est pas du goût de la CFDT

Les délégués CFDT de Roquefort Société – Ghislaine Fabre, Fabien Bourrilhon, Chantal Vialles, Marc Verhnet et Alain Cantalouve – s’interrogent sur la © Le Progrès

Branle-bas de combat au syndicat CFDT Roquefort et lait de brebis. La mise sur le marché annoncée du nouveau bleu de brebis par Société des caves (groupe Lactalis), avec l’ovale vert de la marque, reste en travers de la gorge des représentants des salariés : « Parce que cela va tromper le consommateur et que ça ne profitera pas à l’emploi dans le bassin de roquefort. »

Ce mois d’avril, un nouveau fromage devrait être ajouté aux linéaires des magasins de la grande distribution : « Un bleu de brebis commercialisé avec l’estampille Société. » Ce qui inquiète fortement les délégués CFDT Roquefort et lait de brebis, syndicat qui compte entre 150 et 200 adhérents sur les 1.125 salariés en CDI (des bassins de lait de brebis du géant Lactalis), lesquels ont souhaité informer les habitants du Sud-Aveyron, lors d’une conférence de presse, donnée vendredi 29 mars à Lauras.

« Cet ersatz de roquefort ne sera pas fabriqué dans les fromageries sudistes (sous-entendu Saint-Affrique et Réquista), mais à Rodez », souligne Alain Cantalouve. « Après un affinage de quelques semaines à Rodez, il sera transporté au centre Lebrou à Roquefort pour y être conditionné et expédié. Il sera fabriqué avec du lait pasteurisé et on imagine payé à vil prix aux producteurs. » « Lesquels sont d’ailleurs étonnamment silencieux et n’ont pas réagi à nos alertes », coupe Fabien Bourrilhon.

« Le groupe a déjà un bleu de brebis commercialisé sous la marque Lou Pérac », rappelle Ghislaine Fabre. « Seule la durée d’affinage va changer. On va tromper le consommateur. » « Lequel avec un prix qui devrait être inférieur à celui du roquefort sera tenté d’acheter ce nouveau produit », poursuit Alain Cantalouve. « On l’imagine devant les étals face aux deux produits côte à côte. Il sera tenté de prendre le moins cher. »

« Une cannibalisation du roquefort »

« Comme éléments de réponse à nos inquiétudes quant au lancement de ce nouveau produit, la direction indique des baisses de ventes de Roquefort et la concurrence du Saint-Agur (bleu au lait de vache) » développe Marc Vernhet. « Et aussi que les consommateurs veulent des fromages plus doux. »

Ghislaine Fabre fait remarquer au passage que si le Roquefort, première AOC mise en place en 1925, est régi par un cahier des charges très précis – notamment celui d’être composé exclusivement avec du lait cru de brebis Lacaune – « ce ne sera pas le cas avec ce nouveau bleu de brebis fabriqué avec du lait pasteurisé ».

Surtout, les représentants CFDT s’inquiètent des volumes que ce fromage persillé pourrait « grignoter sur ceux du roquefort AOP ». « Une cannibalisation du roquefort qui pourrait très bien mettre en péril la fromagerie de St-Affrique » glisse Alain Cantalouve.

Les cinq représentants de la CFDT sont revenus à plusieurs reprises sur l’apposition de l’ovale vert société sur l’emballage de ce nouveau bleu de brebis :

L’ovale vert, ça a du sens, c’est Société et pour du roquefort.

Ghislaine Fabre rappelle que « cela fait deux fois que Société joue avec la marque » : « En 2010, l’entreprise avait déjà tenté de vendre du roquefort à l’export sous la marque Président, accompagnée de l’ovale vert Société et ça n’avait pas marché. »

10 postes sur la sellette à Lebrou

Les délégués CFDT ont dénoncé un projet de mutualisation des trois laveries de la marque sur le site de Lebrou avec l’ajout de robots, le tout regroupé en sous-sol.

« Bilan, dix postes sont menacés », soulignent les représentants syndicaux. Ils s’ajouteraient ainsi aux 200 emplois supprimés depuis 2005.