Le Petit Basque fait de l’œil aux producteurs aveyronnais

Lionel Vasselle, directeur de la laiterie bordelaise « Le Petit Basque », était à Saint-Affrique le 27 mars, pour « recruter » des producteurs. © Le Progrès

Mercredi 27 mars, dans l’amphithéâtre du lycée La Cazotte, 80 producteurs ont écouté avec attention Lionel Vasselle, le directeur administratif de l’entreprise « Le Petit Basque », qui fabrique des yaourts et des desserts à base de lait de brebis. Cet industriel basé en région bordelaise, cherche des producteurs pour faire face à une pénurie de lait de brebis, notamment l’été. Et pourquoi pas de nouveaux points de collecte à l’année.

« Cela fait plusieurs années que nous avons des appels de producteurs qui nous demandent si on ne veut pas descendre dans le coin, notamment du côté de Fondamente et d’Alban », a expliqué Lionel Vasselle. Pour le directeur du Petit Basque, l’idée de cette réunion était « de voir s’il y a de quoi monter une collecte, soit 700.000 litres au moins, de mars à novembre, chez des producteurs tardifs en conventionnel ».

Avant d’entrer dans le vif du sujet, Lionel Vasselle a retracé l’histoire de l’entreprise, créée il y a 60 ans par une famille basco-béarnaise installée à Bordeaux. Au fil des décennies, Le Petit Basque passe entre les mains de différents propriétaires, dont le dernier en date, l’entreprise bretonne Sill, qui détient plusieurs marques agro-alimentaires (produits laitiers, nutrition infantile, surgelés, jus de fruits, potages). Les produits du Petit Basque, 260 références au compteur, sont vendus pour moitié en marque distributeurs pour la plupart des grandes enseignes de supermarchés, et l’autre moitié sous sa marque propre.

La laiterie travaille avec 110 producteurs, dont 40 en bio, dans une zone qui va de la Dordogne à l’Aveyron en passant par le Quercy.

Côté chiffres, Le Petit Basque affiche un chiffre d’affaires de 64 Millions d’euros, dont 26 % issu de produits bio, collecte 10 millions de litres de lait de brebis en conventionnel, et emploie 180 salariés.

Un fort besoin en lait d’été

L’entreprise a besoin du même volume de lait tous les mois, ce qui n’est pas compatible avec la courbe de production du lait de brebis.

Un constat clair du directeur du Petit Basque, dont le but est d’inciter les éleveurs à gérer leur production de façon à pouvoir fournir du lait dans ces périodes de « trou, qui devient de plus en plus béant avec une croissance de notre production de 20 % par an », poursuit Lionel Vasselle. « Je sais que le lait d’été est dur à produire, mais c’est une niche».

D’ailleurs, si on veut conserver nos producteurs déjà existants, je suis persuadé que si on regarde à 10 ans, il va falloir payer ces gens-là au niveau du bio pour ces périodes-là.

« S’il y a du lait à cette période, on se battra pour l’avoir » insiste le directeur, soulignant que la plus forte demande se situe du 15 juillet au 30 septembre.

Opération séduction

Pour appâter les producteurs, Lionel Vasselle continue à dérouler les arguments qui pourraient « faire mouche » : un cahier des charges plus simple que le lait cru, une contractualisation d’une durée de 1 à 5 ans, fixée par le producteur, une période de collecte « sur mesure », des volumes libres – « pour l’instant, et si un jour on met des limites, il faudra laisser à l’exploitation la possibilité de se développer » -, une responsabilité individuelle en cas de destruction du lait suite à une contamination par les antibiotiques, et une grille de tarif connue six mois avant…

Pour enfoncer le clou, le directeur évoque la philosophie du Petit Basque :

Nous voulons vous redonner votre juste place de patron, pour que vous puissiez gérer votre entreprise comme vous le souhaitez, et ne pas être un salarié déguisé de notre laiterie.

Voilà de quoi séduire des éleveurs qui pourraient se sentir bridés par un autre industriel, dont le nom planait au-dessus de l’assemblée, sans jamais être ouvertement cité…

Cherche tardifs en conventionnel

Lionel Vasselle est ensuite rentré dans le vif du sujet, en présentant l’offre du Petit Basque. Pour l’instant, l’industriel bordelais cherche des producteurs de lait d’été conventionnel en tardif, « qui ont épuisé leurs références ou ceux dont la laiterie principale ferme, et pourquoi pas de nouveaux producteurs en contrat annuel, mais avec une période de production située entre mars et novembre », résume Lionel Vasselle. « On ouvrira les vannes du bio dans trois quatre ans », a-t-il indiqué à plusieurs éleveurs intéressés par ce point. La collecte se fait à trois jours, « il est donc nécessaire de pouvoir stocker son lait à 4°C », précise Lionel Vasselle, « et la monotraite n’est pas interdite ». Question tarif, le Petit Basque propose un lait à 0,60 € le litre de mars à mai, 0,70 € en juin, 0,80 € en juillet, 0,90 € août et 1 € en septembre-octobre. Certains éleveurs se sont étonnés « d’un prix aussi bas », tandis que d’autres, visiblement séduits, se faisaient confirmer la possibilité d’être collectés en fonction de leur zone géographique.

Après 1 h 30 de discussions, les éleveurs intéressés ont rempli une fiche avec leurs souhaits et possibilités en terme de litrage et de période de collecte. « Nous ferons le point et d’ici deux semaines et nous verrons ce qu’il est possible de faire, ou pas », a conclu le directeur du Petit Basque, avant d’inviter l’assemblée à une dégustation des produits de la marque.