La prostitution s’exerce aussi à Rodez

Jeudi 21 mars, 26 annonces étaient disponibles pour Rodez sur ce site. ©ADN12

Mercredi 20 mars, le tribunal correctionnel de Rodez devait juger une femme pour des faits de proxénétisme. Malgré le renvoi du dossier, un léger voile s’est levé sur la situation de quelques travailleuses du sexe qui vendent leurs charmes dans cette partie du Nord-Aveyron.

C’est une affaire peu banale, pour l’Aveyron, qui aurait dû être jugée, mercredi 20 mars, par le tribunal correctionnel de Rodez. Une femme devait se présenter à la barre pour des faits de « proxénétisme : aide, assistance ou protection de la prostitution d’autrui », commis le 8 août 2017. Après avoir justifié d’une hospitalisation, elle sera finalement confrontée à la justice mercredi 3 juillet. Avant même la tenue du procès, des questions se posent : le plus vieux métier du monde s’exerce-t-il explicitement à Rodez ? La réponse est bel et bien oui… Le tout à l’abri des regards.

Dans les rues et les ruelles ruthénoises ou le long des départementales à la sortie de la ville, aucune silhouette ne fait les cent pas en attendant le client, comme cela peut être le cas dans d’autres villes d’Occitanie (Toulouse, Montpellier et même Albi…). Sur le Piton, tout se fait dans la discrétion. Dans des appartements se monnayent des relations entre adultes. C’est en tout cas ce que finit par révéler une recherche sur Google. Il suffit de tenter quelques mots clés, suivis de la localité, pour tomber sur un site réservé aux plus de 18 ans en tête des résultats. Vingt-six petites annonces (jeudi 21 mars), qui ne laissent plus de doute, sont proposées pour la seule ville de Rodez.

Un appartement en plein cœur de la ville

En tête de liste, une femme de 39 ans apparaît, avec le pseudonyme de Juliana. Sa photo est marquée du symbole « VIP ». En cliquant sur sa « fiche », tout est décrit : ses caractéristiques physiques, ses horaires, son numéro de téléphone, la durée de son passage à Rodez, sa nationalité, son niveau de français. Une petite biographie est même proposée. Un compteur indique le nombre de personnes qui ont consulté le profil. Jeudi 21 mars, à 18 h, plus de 400 adresses IP ont été enregistrées pour cette seule journée…

En appelant le numéro indiqué, personne ne répond. Mais quelques minutes plus tard, deux SMS arrivent avec l’adresse, le tarif et l’ensemble des « prestations » proposées. Le lieu de rendez-vous a de quoi surprendre : un appartement au milieu de la rue du Touat, l’une des artères piétonnes et commerciales de l’hyper-centre. Sans savoir si tel est le cas dans cette situation précise, des sites comme AirBnB sont de plus en plus prisés par les prostituées pour trouver facilement un logement dans presque n’importe quelle ville du pays.

Proxénétisme : une définition différente en fonction des pays

En France, il est important de rappeler que la prostitution n’est pas illégale. Mais une loi de 2016 pénalise les clients, avec des amendes allant de 1 500 à 3 500 € en cas de récidive. Il est donc possible de vendre son corps, sans qu’aucun client n’ait le droit de l’acheter… Une mesure qui vise à protéger les travailleuses du sexe en les éloignant de toute poursuite judiciaire. Cependant, des voix s’élèvent également pour dénoncer cette loi, qui plongerait une partie des prostituées dans une plus grande précarité.

Le proxénétisme, bien entendu, est également pénalement puni. Or, sa définition diffère en fonction des pays. Si en France, l’ « aide à la prostitution d’autrui » est interdite, en Espagne, en revanche, où les maisons closes ont pignon sur rue, les propriétaires de ces établissements ne sont pas considérés comme des proxénètes.

Pendant que le débat autour de la prostitution continue d’animer la société française, les personnes qui s’y consacrent la font évoluer en désertant les trottoirs pour investir la toile. Sur le seul site consulté, plus de 13 000 annonces étaient disponibles partout en France. Et Rodez, malgré son enclavement, abrite derrière quelques-unes de ses façades celui que l’on qualifie de plus vieux métier du monde.