Les 100 ans qui ont fait la RAGT : De la coopérative agricole aveyronnaise au dixième rang mondial

Claude Tabel et Daniel Segonds. ©ADN12

La société RAGT a eu 100 ans ce 22 février 2019. L’occasion pour Claude Tabel, Président du Directoire, et Daniel Segonds, Président du Conseil de Surveillance, d’évoquer le chemin parcouru et de tracer des pistes pour l’avenir.

Fin XIXe siècle, naît en Aveyron un mouvement de propriétaires terriens soucieux de défendre les intérêts des paysans et de faire des achats en commun, de prévoir une garantie mutuelle contre la maladie ou l’incendie, mais aussi d’enrayer l’émigration vers les villes. Les premiers syndicats agricoles sont alors créés dans de nombreux villages. Le premier d’entre eux est celui de Gabriac en 1905.

Devant la multiplication de ceux-ci, une association cherche à les rassembler sous la présidence de Maurice Anglade. Une « Maison sociale » s’installe à Rodez, boulevard de Guizard en 1918. Du fait des débouchés irréguliers, et des risques accrus en agriculture, l’objectif est de défendre les paysans contre l’opinion publique et les pouvoirs publics, mais aussi les abus de l’industrie. Et ce, en dehors de toute pensée politique, dans la recherche de l’intérêt général.

La RAGT, coopérative agricole

Le 22 février 1919, naît sous forme coopérative la R.A.G. Plateau Central. Du nom de ses régions d’origine : Rouergue Auvergne Gévaudan. Plateau Central du nom de ces terres situées au centre de l’Aveyron à plus de 700 mètres d’altitude. Le 20 janvier 1921, elle accueille les syndicats du Tarn et devient RAGT Plateau Central.

Elle change sa forme coopérative en Société Anonyme en 1944, mais son activité reste essentiellement l’approvisionnement et la vente de céréales.

Sélectionner des semences, créer des variétés

C’est en 1962 que la RAGT commence à sélectionner des semences, à créer des variétés en cherchant notamment à les adapter au milieu régional.

En 1972, elle signe un accord de recherche conjointe avec Dekalb, semencier américain près de Chicago et numéro 2 mondial de la semence de maïs. Elle obtient ainsi l’exclusivité de vente sur l’Europe du Nord-Ouest. Cette collaboration durera jusqu’en 1999, deux ans après le rachat de Dekalb par Monsanto.

Souhaitant rester indépendante, la RAGT se sépare alors de Dekalb et pour financer ses activités de recherche ouvre son capital à deux fonds financés par des agriculteurs Unigrain et Sofiprotéol. Elle rachète également les établissements Calvet de Rignac, fabricant d’aliments.

Un essor international

En 2004, elle rachète l’activité de recherche sur les céréales de Monsanto à Cambridge, et la Société PBI, spécialisée dans les céréales à paille utilisées pour fabriquer la bière. Elle s’étend alors à de nombreux pays : Pologne, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Tchéquie, Espagne, Hongrie, Danemark, Roumanie.

En 2010 et 2011, elle intègre Serasem, société de recherche, et passe un accord de recherche avec Bayer. La RAGT s’étend encore à l’international et change de continent : Canada, Etats-Unis, Brésil, Argentine, mais aussi Russie, Australie, Nouvelle-Zélande et Chine.

La RAGT aujourd’hui : au dixième rang mondial

Le siège social de la RAGT à Rodez.

La RAGT, c’est un groupe privé au chiffre d’affaires de 280 millions de dollars, c’est-à-dire le dixième groupe mondial pour les semences de plantes agricoles. Elle est ainsi le numéro 1 pour les céréales à paille. Une bière sur deux est produite avec des semences RAGT, mais aussi un pain sur quatre, et 3 paquets de pâtes sur quatre.

Ce sont 17 stations de recherche, 6 sites de production et 18 filiales dans le monde. Ses productions sont très diverses : maïs, tournesol, colza, sorgho, blé, orge, triticale, avoine mais aussi pois, luzerne et ray-grass…

Travailler et décider en Aveyron

Pour réaliser ce chiffre, elle emploie 1.317 salariés, dont 1.000 en France, et 550 en Aveyron, avec plus de 100 recrutements dans les cinq dernières années. A cela s’ajoutent des travailleurs saisonniers, dans les champs.

Le pôle de décision est aussi très largement aveyronnais : 58 % des actions appartiennent aux familles historiques aveyronnaises, 6 % au Crédit Agricole Nord Midi-Pyrénées, 17 % à Unigrain et Sofiprotéol, 16 % à des actionnaires divers locaux et 3 % aux salariés. En résumé 80 % de l’actionnariat est local et 81 % est issu du monde agricole.

L’investissement dans le département sur les cinq dernières années est de 60 millions d’euros, notamment sur le centre de recherche de Druelle. D’où des retombées économiques importantes résultant d’une volonté de faire travailler les entreprises locales.

Pour le grand public, ce sont aussi 29 magasins de jardinage dans l’Aveyron, le Tarn et à Toulouse. Ils sont également ouverts aux agriculteurs avec une mission de conseil et « d’apporteur de solutions ».

Les défis pour demain

La RAGT à Bourran

La mission de la RAGT est d’accompagner tous les agriculteurs qu’ils soient conventionnels ou bio, en améliorant les rendements, tout en consommant moins d’eau et d’engrais, pour des raisons écologiques.

Le défi est aujourd’hui d’importance au vu de l’augmentation de la population mondiale, mais aussi de l’artificialisation des sols et de la réduction des terres agricoles. De nouvelles pistes se développent : agriculture connectée, meilleure protection des semences obtenues par des certificats d’obtention végétale…

Un siècle de passions pour l’agriculture et l’innovation

Cent ans d’expansion nationale puis internationale, mais aussi de fidélité à ses régions d’origine. Pour cet anniversaire, la RAGT animera pendant cette année 2019 plusieurs actions auprès de ses salariés, de ses actionnaires, et de ses clients pour rappeler ce « siècle de passions pour l’agriculture et l’innovation. »