Cantoin. La Maison de la Cabrette pousse les murs

La Maison de la Cabrette s'agrandit. ©ADN

La mairie de Cantoin agrandit la Maison de la Cabrette et des Traditions de l’Aubrac, située à Vines. Le nouveau bâtiment sera terminé fin février et ouvert au public au printemps 2019. Un nouvel espace et une nouvelle scénographie pour faire connaître, écouter, admirer et aimer la cabrette.

Une poche en peau de chèvre recouverte de tissu. Un hautbois, appelé pied, en bois dur, de longueurs diverses. Une anche double en roseau. Et parfois un deuxième tuyau anché servant d’accompagnement comme bourdon ou de chanterelle. Enfin un soufflet ou un embout pour l’arrivée d’air.

La cabrette fait ainsi partie de la grande famille des cornemuses, instruments à poche d’air. La cabrette, de l’occitan « cabreta », petite chèvre, car la poche est faite en peau de chèvre, plus souple, plus résistante et plus étanche à la fois.

Des cabrettes et des hommes

La Maison de la Cabrette, c’est tout d’abord une rencontre entre plusieurs passionnés, à la fois de cet instrument original, de l’Aubrac et de la Viadène : André Raynal, maire de Cantoin, soucieux de dynamiser sa commune, André Ricros, directeur de l’agence des Musiques du Territoire d’Auvergne, et sa collection de près de 200 cabrettes, Jean-Dominique Lajoux, photographe et ethnologue pour le CNRS et ses témoignages filmés et enfin Jean-Louis Claveyrole, facteur de cabrettes, et cabrettaïre (joueur de cabrette) et aujourd’hui, le conteur, parfois l’historien ou l’ethnologue, qui accueille et passionne le public. La Maison de la Cabrette est née de ces enthousiasmes en 2014, et de financements communaux et départementaux.

Les cabrettaïres, rois de la nuit

Fin XIXe et XXe siècle, les Aveyronnais montent à Paris pour faire fortune. Porteurs d’eau, de charbon, ou cafetiers, ils se regroupent pour parler du pays, ou s’entraider dans cette aventure humaine de l’émigration. Et une envie de retrouver des airs et des sons du pays naît.

Mais les cornemuses traditionnelles, en peau brute et aux bourdons volumineux, sont peu adaptées aux contraintes citadines. Un nouvel instrument va naître, inspiré des musettes de cours à la mode au XVIIIe siècle, notamment à la cour de Marie-Antoinette avant la Révolution. Les Aveyronnais et Auvergnats vont ainsi devenir les rois des nuits parisiennes avec plus de 150 bals à la musette, le nom parisien de la cabrette.

C’est cette histoire que fait revivre Jean-Louis Claveyrole devant les vitrines. Des musettes de cours, une cabrette au pied totalement en ivoire, les jetons de bal des bals à la musette, et les cabrettes des cabrettaïres les plus célèbres ou des fabricants les plus connus se mêlent à d’autres instruments. Des vielles, des violons, des tambours mais aussi le complice de la cabrette : l’accordéon. Arrivé dans les bagages des immigrants italiens, devenu indispensable dans les bals à la musette, puis supplantant la cabrette dans les années 50 dans les « bals musettes ».

Jean-Louis Claveyrole insiste sur ce point :

Pas de musée figé, mais une maison accueillante à une tradition vivante.

Dans cette maison, on y entend l’instrument, on voit des danseurs danser au son de la cabrette, on y voit des outils de fabrication, et puis tous les cabrettaïres actuels du canton, dont certains encore écoliers ou collégiens.

Avec le nouveau bâtiment qui prolonge l’existant, la surface sera multipliée par trois, pour un investissement de 450 000 €. De nouvelles vitrines, avec une nouvelle scénographie encore à créer, mettront en valeur d’autres cabrettes mais aussi des cornemuses d’Europe, des vielles et des accordéons. Au premier étage, une salle de projection et audio permettra de visionner des témoignages filmés de joueurs et de traditions de l’Aubrac, mais aussi des spectacles musicaux en direct.

Fabriquer des cabrettes hier et aujourd’hui

Le nouveau bâtiment abritera un atelier d’autrefois, avec des alésoirs pour percer le buis ou l’ébène tirés d’une pointe de baïonnette, ou des bagues, ou des boîtiers en ivoire.

Et puis, sur fond de Plomb du Cantal tout proche, dans un atelier moderne, avec un tour électrique et des alésoirs adaptés, de nouvelles cabrettes vont naître sous les yeux du public, dans les mains de Jean-Louis Claveyrole, depuis le pied jusqu’au soufflet ou à l’anche et à la poche. Avec parfois quelques airs de bourrées pour essayer le nouvel instrument ou pour charmer les spectateurs.

Une manière d’attirer vers Cantoin et ses environs de nouveaux visiteurs, et de maintenir ainsi les activités économiques locales. Une manière aussi de faire vivre les traditions de l’Aubrac pour l’avenir.