À Millau, les luttes ne convergent pas

Une même contestation, deux méthodes différentes. ©adn12

Cet après-midi à Millau, la mobilisation n’a pas été aussi forte qu’espérée à l’occasion de la grève générale lancée par la CGT. D’autant que, même s’ils se font des appels du pied, ni les syndicalistes ni les gilets jaunes ne veulent faire le premier pas l’un vers l’autre.

Augmentation du SMIC, des salaires, des minimas sociaux… Réforme de la fiscalité… Suppression des aides publiques aux entreprises… Développement des services publics… Respect des libertés publiques tel que le droit de manifester… A Millau comme ailleurs, les revendications des syndicalistes de la CGT ressemblent comme un copié/collé à celles des gilets jaunes. Et vice-versa.

Sur le Mandarous, le rouge prédominait… (Photo : © Gérard Rouquette)

Ce mardi 5 février, la grève générale lancée par la CGT aurait pu être l’occasion de manifester côte à côte, comme cela s’est vu dans d’autres villes. L’occasion de s’unir dans la contestation. Mais à l’heure du rendez-vous, à 14 h 30 sur la place du Mandarous, force était de constater qu’on n’y voyait que du rouge, à de rares exceptions près.

« Je suis gilet jaune, mais syndicaliste CGT depuis toujours, explique Marie, comme pour s’excuser d’être là. Je pense que si on se bagarre chacun de notre côté, on n’y arrivera pas. Il faut savoir faire fi de toute doctrine et s’unir dans la lutte. »

Environ 90 syndicalistes ont défilé dans les rues de Millau. (Photo : © Gérard Rouquette)

C’est donc accompagnés d’une toute petite poignée de gilets jaunes qu’environ 90 syndicalistes ont défilé sur les principales artères de Millau. Comme un 1er mai le 5 février. Mais quid des autres gilets jaunes ?

« La porte est ouverte aux syndicats »

L’enquête n’a pas été très longue à mener, puisque c’est à leur QG du rond-point de Saint-Germain que s’est rassemblé le gros de la troupe. « Notre première idée, c’était de bloquer le péage du viaduc, avoue Joe, une des figures historiques. On pensait être un peu plus nombreux, mais d’autres actions ont été menées dans d’autres villes, et on s’est retrouvé une trentaine. Alors on a préféré faire un blocage. »

Opération filtrage sur le rond-point de Saint-Germain.

Depuis 14 h en effet, des barrages filtrants ont été mis en place, et aucun poids lourd n’est autorisé à prendre la route de Millau. Inversement, aucun poids lourd venant de Millau ne peut emprunter l’A75.

« C’est une action plus impactante que de manifester en ville, souligne Joe. Quant aux syndicats, la porte leur est ouverte, mais c’est à eux de venir vers nous, d’autant plus qu’on englobe toutes leurs revendications. On aimerait bien qu’ils lancent un appel à soutenir les gilets jaunes ! Nous, nous avons déjà manifesté avec eux, on aimerait bien qu’ils nous rendent la pareille. »

« Une manif’ à la papa »

« A la dernière convergence des luttes, on les a accompagnés, renchérit Manuel, une autre figure emblématique des gilets jaunes millavois. Le lendemain, on a manifesté pour le RIC, ils ne sont pas venus. En fait, il faut que l’on s’adresse plus aux syndiqués qu’aux syndicats… »

Si les véhicules légers sont autorisés à passer, les camions sont détournés vers la D 911.

Et de fustiger le rassemblement de la CGT qui se tient au même moment.

Ils sont 80 en ville, ils vont faire trois tours du Mandarous, et après ils iront boire une bière… Une manif’ à la papa quoi ! Au lieu de ça, s’ils étaient venus ici, on aurait été plus de cent et on aurait pu faire une action commune. A cent sur le viaduc, on aurait pu le bloquer…

En attendant des jours meilleurs quant à la mobilisation, les gilets jaunes continuent de filtrer… Et promettent de recommencer, tous les jours, comme au début du mouvement. « Si la mobilisation est au rendez-vous… », nuance Joe.

Les gendarmes veillent au bon déroulement de l