L’occitan en Aveyron (6/8). L’occitan pour 100 % d’écoliers aveyronnais : le défi d’Adoc 12

Les élèves découvrent le monde végétal en occitan. ©adn12

Transmettre l’occitan aux jeunes générations est un défi à gagner « per que visca la lenga » à l’avenir. C’est depuis 2006 l’objectif de l’association ADOC12 : assurer à l’ensemble des écoliers aveyronnais une entrée dans la langue et la culture occitanes.

Et ce pari est en bonne voie. Il y a treize ans, l’Association Départementale pour la transmission et la valorisation de l’Occitan, a été créée pour cela, enseigner l’occitan. Au-delà des expériences de bilinguisme dans les écoles publiques ou les Calandretas limitées encore géographiquement et en effectifs, ADOC a vocation à intervenir dans toutes les écoles de l’Aveyron, notamment les écoles rurales, qu’elles soient publiques ou privées.

Ainsi, 4.500 élèves sur les 23.000 écoliers aveyronnais apprennent ainsi l’occitan dans 124 écoles sur 321. Un élève sur cinq, une école sur trois. Les écoles publiques sont majoritaires : 3.800 élèves dans une centaine d’écoles.

Une équipe de passionnés

Au service de cet objectif, deux coprésidents : le comédien Jean-Louis Blenet et le conteur Yves Durand, et un directeur, Jean-Pierre Gaffier, pour impulser, piloter, coordonner et faire connaître l’action de huit intervenants en langue occitane.

Ceux-ci interviennent de novembre à juin pour 22 séances de trente minutes par classe au rythme d’une séance par semaine, auprès d’enfants de trois à onze ans de la Petite Section au CM2. Cette formation est souvent reconduite pour plusieurs années, ce qui permet aux enfants d’entendre et de parler la langue pendant une centaine d’heures pendant leur scolarité primaire. De quoi leur donner envie de poursuivre l’occitan en option au collège et au lycée.

« Apprends-moi » l’Aveyron

Tous les intervenants travaillent sur des sujets communs définis en début d’année mêlant langue et culture occitanes, après concertation avec les conseillers pédagogiques en occitan. La langue est utilisée à l’oral essentiellement, l’écrit n’est abordé qu’en CM1 et CM2.

Ont été au programme récemment le monde végétal avec les arbustes en Rouergue ou le monde animal local, en utilisant notamment des chants, des histoires, des comptines collectées auprès des anciens dans les différents cantons aveyronnais lors de l’opération Al Canton.

En 2018-2019, les enfants voyagent dans le temps à travers l’histoire du Rouergue. Ils ont ainsi découvert en occitan le Néolithique avec les statues-menhirs du Sud-Aveyron, puis l’époque romaine à travers les fouilles de la Graufesenque et suivent en ce début 2019 les pèlerins du Moyen Âge sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle.

Apprendre la langue « debout »

Pour Jean-Pierre Gaffier, directeur d’ADOC 12, il faut privilégier le répertoire et le patrimoine locaux pour que les enfants s’impliquent plus facilement, et puissent échanger avec leur famille. Il faut vivre la langue, son histoire, sa culture en participant physiquement, par l’action : « apprendre la langue debout », en agissant dans la langue comme dans la vraie vie.

Par exemple, pour vivre le plus intensément possible le conte « La montanha negra » de Joan Bodon, ADOC a réalisé un labyrinthe à la taille des enfants qui ont pu se déplacer à l’intérieur et vivre l’histoire au plus près du réel. Inutile alors d’exiger : « rapèla-te, fanton ! » Comment alors oublier le conte vécu avec tous ses sens ? De même, on comprend et on retient mieux l’industrie de la poterie romaine de la Graufesenque en mimant les gestes des ouvriers et en parlant dans la langue.


Des copains qui parlent occitan

Parler une langue c’est communiquer avec les autres. Indispensable du coup, de rencontrer d’autres enfants pour partager des ateliers, des contes, des saynètes de théâtre, des chants ! En 2018, 3500 enfants ont rencontré leurs copains occitans dans trois « recampaments » à Montégut, au Parc de Vabre près de Rodez et dans les Martinets du Lézert, près de La Bastide-l’Évêque.

Département et communes s’engagent pour l’occitan

Le conseil départemental de l’Aveyron finance cette opération de reconquête de la place de l’occitan auprès des scolaires à hauteur de 60 % et les communes partenaires pour 35 %.