L’occitan en Aveyron (5/8). 600 écoliers apprennent en occitan dans les écoles publiques bilingues

L'enseignement occitan, dès la maternelle. ©adn12

Ce samedi 26 janvier au Centre culturel départemental de Rodez, la Dictada occitana accueillera les enfants et adolescents, et notamment les « escolans » bilingues de CE1-CE2, ceux de CM1-CM2, les collégiens bilingues ou en option occitan, et les lycéens. Parmi ceux-ci, les élèves des écoles et des collèges publics bilingues occitans de l’Aveyron.

« Perqué m’an pas dit à l’escòla la lenga de mon païs ? » L’inquiétude du chanteur Claudi Marti dans les années 70 n’est que le reflet d’une intégration difficile des langues régionales par l’Education nationale. Héritière de la volonté des révolutionnaires de diffuser leurs idées par une langue unique sur tout le territoire français, la troisième République et son école obligatoire auront un rôle moteur dans l’affaiblissement des langues régionales.

Pourtant selon le rapport V. Duruy, en 1864,  100 % des Aveyronnais parlaient occitan, malgré l’interdiction de l’usage de l’occitan dans les écoles publiques en 1833 par le Comité d’Instruction publique de Rodez. Ainsi, l’on pouvait lire dans les règles de vie des écoles de la République : « Il est interdit de cracher et de parler patois ». Et son usage était puni par les instituteurs.

Cette « honte » de parler le patois, réservé à la ruralité et antinomique de réussite sociale, perdure encore dans l’esprit de beaucoup d’Occitans, surpris que l’on puisse aujourd’hui enseigner l’occitan à l’école. Ainsi, beaucoup de personnes âgées continuent à parler patois entre elles, mais français avec les plus jeunes.

« La respelida », l’essor de l’enseignement public bilingue

La loi Deixonne en 1951 ouvre le chemin en permettant l’enseignement de l’occitan dans les écoles publiques, suivie des lois Lang en 2001, qui marquent le vrai début de l’enseignement public bilingue. Un CAPES d’Occitan est créé en 1992 pour la formation des professeurs de collège et le CRPE Occitan forme les professeurs d’école de l’académie de Toulouse depuis 2001. L’Aveyron est un département pionnier avec l’ouverture d’une première école bilingue à Saint-Affrique dès 1989.

Plus de 900 élèves bilingues occitans en Aveyron de la Moyenne Section au CM2

En 2019, neuf sites enseignent en occitan : La Primaube, Baraqueville, Villefranche, Marcillac, Espalion, Rodez, Saint-Affrique et deux écoles à Millau. L’enseignement en occitan y est assuré par 33 professeurs des écoles bilingues occitans, un conseiller pédagogique en langues régionales et un animateur. La formation se poursuit dans les sept collèges bilingues, dont les collèges Fabre de Rodez et Albert Camus à Baraqueville. Pas de lycée bilingue, mais une simple option de deux heures par semaine dans les lycées Foch et Monteil de Rodez et la possibilité de le présenter en langue vivante 2 pour le baccalauréat.

Un enseignement à parité horaire dans les écoles

Douze heures par semaine en français, douze heures en occitan : l’occitan est enseigné comme langue, mais est surtout langue d’enseignement exclusive en mathématiques, géographie, sciences et techniques. Elle est partagée en EPS et arts visuels, le français conservant l’enseignement de l’histoire.

Les élèves ont souvent un enseignant pour chaque langue, et changent de langue à la pause méridienne. Les programmes sont identiques, mais la pédagogie est adaptée à cette spécificité, avec une attention spécifique pour la compréhension des consignes,l’exigence de prise de parole dans la langue et la mise en comparaison entre les deux langues. 

Au collège, les élèves étudient l’occitan trois heures par semaine. A cela s’ajoute l’enseignement d’une ou deux matières en occitan, souvent l’histoire-géographie. Les collégiens bilingues peuvent ainsi composer en occitan pour l’épreuve d’histoire géographie au Brevet des Collèges. Les sujets sont ainsi fournis en français, mais les élèves rédigent leur devoir en occitan, démontrant ainsi leurs capacités à passer d’une langue à l’autre.

Un « outil de développement des capacités intellectuelles, linguistiques et culturelles »

Ainsi défini par la circulaire sur l’enseignement bilingue, le bilinguisme précoce permet, selon Gilbert Dalgalian, psycholinguiste, le développement dans le cerveau de l’aire de Broca, qui gère le langage. L’élève est ainsi entraîné à l’apprentissage d’autres langues, mais aussi du langage mathématique.

De plus la connaissance de l’occitan permet une réflexion sur les codes linguistiques et leur comparaison enrichit aussi la connaissance du français. Ainsi, lors des évaluations annuelles des compétences des élèves bilingues, leurs compétences en français sont supérieures à celles des élèves monolingues, qui ont pourtant deux fois plus de langue française dans leur temps scolaire.

De la langue à la culture

Les élèves des écoles bilingues participent à différents itinéraires culturels, permettant d’accéder à la culture occitane de proximité : contes en occitan notamment avec le spectacle d’Yves Durand Peire Petit qui sera présenté à la Primaube et Villefranche ou Le murmure des galets par Malika Verlaguet. Le chant est aussi à l’honneur avec Lo sòmi de Coquinou, chants par le groupe tarnais la Talvera, et Cinc du Bartas, spectacle de chants pour les collégiens.

Chaque année, les élèves bilingues des écoles publiques et les écoliers de la Calandreta de Rodez se rejoignent pour un « recampament » autour d’ateliers de théâtre, musique, danses traditionnelles, jeux, parfois initiations sportives en occitan. 

Des projets associent aussi des écoles à des évènements occitans : « Prima Occitana » à la Primaube au printemps 2019 ou « Estivada 2018 », où les élèves de l’Escòla Cambon de Rodez ont chanté en occitan « Il faudra leur dire » avec Francis Cabrel.

Un seul objectif : écouter, parler et écrire encore dans la langue occitane pour tous ces Occitans en herbe et faire sortir la langue et la culture occitane de leur école.