Gilets Jaunes Sud-Aveyron. De nouveaux blocages… et quelques divergences

Une soixantaine de personnes ont assisté à la réunion des gilets jaunes de St-Affrique et Millau, à Tournemire. ©Le Progrès

Jeudi 6 décembre, les groupes de gilets jaunes de St-Affrique et de Millau se sont une nouvelle fois réunis à la salle des fêtes de Tournemire, pour préparer les actions à venir. Si les groupes se fédèrent petit à petit au niveau départemental, la réunion a laissé entrevoir quelques tensions et divergences.

Une soixantaine de personnes étaient présentes à la réunion, menée par les organisateurs du mouvement des gilets jaunes de St-Affrique, et de Millau, pour poursuivre l’action de blocage de l’autoroute A75, samedi 8 décembre. Pascal Rivier, a commencé par se réjouir du nombre de participants légèrement plus nombreux que la semaine précédente, ainsi que du rapprochement des différents groupes du département, comme s’est félicité Pascal Rivier, le maire de Tournemire :

Rodez est venu en renfort au rond-point de St-Germain samedi 1er décembre. On s’est vus dans la semaine pour préparer la journée de samedi. On voit qu’on est de plus en plus solidaires, et que plus ça va plus on s’entend.

Quelques recadrages en début de réunion

Sauf que la suite de la réunion a pris une tournure moins « légère ». Florence Girolt, organisatrice et compagne de Pascal Rivier, a tout d’abord commencé par faire un recadrage à l’adresse d’une personne qui, via les réseaux sociaux, accuse le maire de faire de l’abus de biens sociaux en prêtant la salle des fêtes du village aux gilets jaunes : « Depuis juin 2017, suite à une délibération du conseil municipal, la salle des fêtes de Tournemire est gratuite pour tous les habitants du village. Donc je dis à ce monsieur, que la prochaine fois, on l’attaquera en diffamation, et qu’on donnera l’argent du procès aux gilets jaunes » prévient-elle, la délibération du conseil municipal à la main.  

Plusieurs personnes se sont ensuite plaintes d’un dysfonctionnement sur le barrage de St-Germain : « Je suis en colère contre St-Germain. J’ai été bloquée deux fois, avec un patient dans mon véhicule cette semaine. On m’a gueulé dessus, on m’a insultée. », raconte avec véhémence une ambulancière. Une autre personne a surenchéri : « Avant-hier j’étais à St-Germain pour participer au blocage. Il y avait un monsieur hyper agressif. Et certains s’amusaient aussi à bloquer plus spécifiquement les camions polonais, j’ai trouvé que c’était un peu limite. » 

« Vous faites bien de me le dire, ça ne me fait pas plaisir d’entendre ça. C’est le genre de problèmes qu’il ne faut pas laisser trainer, parce que ça va contaminer le groupe. Il faut venir me voir quand c’est comme ça », a répondu Gaëtan Bauer, le référent du groupe de St-Germain.

Marcher sur le viaduc, oui ou non ?

Les échanges se sont ensuite poursuivis autour du mode d’action pour la journée de samedi. Occuper le viaduc ou s’en tenir au blocage des ronds-points, tel a été le sujet de discorde. C’est par la voix de Hugues Robert, journaliste à la retraite et ancien dirigeant de société de presse (Viaduc Magazine), que le sujet est arrivé sur la table.

Samedi, ça me paraît important d’être très nombreux, parce qu’il me semble que c’est un tournant dans notre lutte pacifique, et que le viaduc, c’est un symbole fort. Ça serait bien qu’on soit vus, entendus, et nombreux.

«Et pourquoi on n’irait pas sur le viaduc ? », lance alors une participante.

« Si on est 500, pourquoi pas… Mais alors, on laisse les véhicules à l’extérieur. Parce que quand on est sur le viaduc c’est privé, on risque 25.000 € d’amende par heure d’occupation », lui répond Pascal Rivier.

« On ne sera jamais 500, on est à peine 120 de chaque côté, déplore Florence Girolt. Comme à Leclerc, ils prendront les plaques d’immatriculation, feront venir un huissier, et moi je ne peux pas me permettre de prendre le risque d’une amende ».  

« Avec notre mode d’action, on leur fait déjà perdre 50.000 € par samedi, on en fait gagner aux usagers, et on reste raisonnable, c’est déjà pas mal », indique un autre participant.  

Un vote à main levée est alors effectué. 14 sur 65 personnes seulement sont favorables à une occupation du viaduc. Mais les échanges se poursuivent. 

« C’est dommage, parce que si on est sur le viaduc, on aura les télés, les radios qui débarqueront, ça aura un impact plus fort… »  

« Pas de souci, lancez un groupe qui veut occuper le viaduc, organisez-vous. Nous on s’en tiendra à tenir les barrages à La Cavalerie et St-Germain. De toute façon, samedi, aucune voiture ne circulera sur le viaduc, vous pourrez y aller si vous voulez, on vous protègera. Allez-y, chacun est libre de faire ce qu’il veut, et prend ses responsabilités », poursuit Gaëtan Bauer.

« Sur le principe, vous avez raison. Réunissez 500 personnes et on y va », conclut Pascal Rivier.

« Fédérer oui, mais pas n’importe quoi »

Puis la question de la responsabilité et des éventuels débordements a fait son entrée dans le débat.

« Si vous essayez de fédérer du monde, vous risquez d’attirer des personnes qu’il ne faudrait pas fédérer. Et si après, vous n’arrivez plus à maîtriser, et qu’il y ait de la casse…C’est sûr que ça fera boule de neige, et que ça reviendra sur la tête de ceux qui ont organisé en premier. Alors il faut bien mesurer les conséquences. Qu’il y ait du monde, d’accord, mais on a vu que sur le dernier barrage, on a eu une équipe de jeunes qui sont arrivés avec les visages masqués… Fédérer oui, mais pas n’importe quoi », insiste un gilet jaune.

Rendez-vous samedi… et lundi

A l’issue de cette réunion, qui s’est déroulée sous le regard de deux gendarmes en service, il a été convenu d’un rendez-vous samedi 8 décembre à 8h00 à Lauras pour du co-voiturage, et à 8 h 30 à la Cavalerie, au niveau de l’échangeur 47. 

Comme les deux samedis précédents, les automobilistes seront déviés pour contourner le viaduc. La routine donc pour les gilets jaunes du Sud-Aveyron, avant une journée de mobilisation plus forte prévue lundi. Cette fois-ci, l’appel est lancé pour bloquer l’accès au département à tous les camions.

Les prévisions pour le 8 décembre

  • Blocage de l’A75 dans les deux sens : échangeur 47 à la Cavalerie (en direction de Clermont-Ferrand), et rond-point de St-Germain (direction Montpellier). Les automobilistes seront déviés pour contourner le viaduc, à partir de 8 h 30
  • Blocage filtrant au carrefour de St-Pierre, à Rebourguil, à partir de 8 h.