Mineurs étrangers non accompagnés. Les associations dénoncent un manque de volonté politique

Marie Puech et Patrick Hecart "ne lâcheront pas. Nous ferons fonctionner notre réseau pour loger ces mineurs non accompagnés". ©ADN12

Cet été, au mois de juillet, des mineurs non accompagnés étrangers sont arrivés en Aveyron, notamment à Rodez. Ils étaient démunis et sans logement. Une situation que les associations n’espéraient plus revoir… Mais jeudi 13 septembre, au soir, cinq nouveaux jeunes étaient devant la gare ruthénoise, perdus. Deux sont partis à Paris. Trois ont été logés par un militant dans un hôtel à Onet-le-Château. Le Département assure « faire le maximum en fonction de [ses] moyens ».

Le réseau Mom’ô chaud est sensible à la cause des plus démunis. Ses huit bénévoles relogent des familles avec enfants qui n’ont pas de toit. Ils donnent également du temps aux associations qui s’occupent des mineurs étrangers non accompagnés et seuls dans la rue, comme cela a été le cas, vendredi 14 septembre. La veille, trois jeunes étaient sur le point de passer la nuit dehors, devant la gare de Rodez, avant d’être pris en charge sur les coups de 20 h 30. Une situation de plus en plus compliquée, que les organisations espéraient ne plus revoir. Jean-François Galliard, président du conseil départemental, expliquait la semaine dernière à nos confrères de Centre-Presse :

Nous travaillons main dans la main avec l’État, c’est un sujet de préoccupation pour tous les départements. Il y en a tellement qu’on ne sait plus où les mettre.

Le flux d’arrivée de ces mineurs non accompagnés a explosé ces dernières années. En Aveyron, il est  passé, selon le Département, de 21 en 2016, à 663 depuis le début de l’année 2018, pour 109 places… Plutôt « 678 jeunes », selon Patrick Hecart, membre de la Ligue des droits de l’homme, « si ce n’est plus… ». Jeudi soir, c’est lui qui est allé récupérer les trois jeunes mineurs, devant la gare :

Ils étaient exténués, affaiblis, certains n’avaient pas mangé depuis deux jours. Ils ont dormi dans des gares depuis leur arrivée en France. De Bayonne (Pyrénées-Atlantique), on les a envoyés à Bordeaux (gironde) puis à Toulouse. Là-bas, on les a mis dans un train à destination de Rodez. Je leur ai donc pris une nuit d’hôtel parce que ça me paraissait être une évidence.

Les articles L112-3 et L221-2-2 du Code de l’action sociale et des familles précisent que s’agissant de jeunes « privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille », ils entrent dans le droit commun de la protection de l’enfance et relèvent donc à ce titre de la compétence des départements.

Un collectif bientôt créé

C’est justement une des compétences que pointe du doigt les associations. Patrick Hecart raconte :

Nous sommes là pour donner un coup de main au Département dans la mesure de nos structures. On nous coupe notre budget donc c’est de plus en plus difficile. Aujourd’hui, ce n’est pas à nous d’être ici à l’hôtel avec eux. Ça devrait être un éducateur du Département. Mais lorsque nous appelons le 115, on nous répond qu’il n’y a plus de places.

Le nombre d’hébergements pour les mineurs non accompagnés est d’ailleurs un des autres points que dénonce Patrick Hecart :

109 ? Ce n’est pas sérieux. J’en ai trouvé dans cet hôtel, donc ce n’est pas un problème de places mais un problème d’ouverture de places. C’est une volonté politique. Comment peut-on laisser des enfants dans la rue ?

Pour Jean-François Galliard, la situation n’est tout à fait celle décrite par le militant.

Nous ne refusons pas ces mineurs pour les refuser. C’est une question de prise en charge. Nous avons l’intention de faire le maximum, en fonction de nos moyens, et nous mettons en place un mécanisme d’éducation spécialisée. Nous avons embauché huit éducateurs, car il faut les encadrer. L’objectif est de les accueillir en leur offrant les conditions nécessaires. En 2017, le budget du Département à ce sujet était de 3,7 millions. Cette année, il est à plus de 4 millions d’euros. Il est urgent que le flux d’arrivée diminue.

Il précise également que « 40 % des mineurs non accompagnés s’avèrent être au final majeurs ». Pour Marie Puech, membre de Mom’ô chaud, et Patrick Hecart, ce n’est pas une raison : « La loi oblige à les héberger jusqu’à l’évaluation de leur majorité. » Une autre bénévole a l’impression qu’il y a une «volonté de ne pas accueillir ces mineurs non accompagnés ».

Marie Puech et Patrick Hecart assurent qu’ils ne lâcheront pas et qu’ils feront fonctionner tous les réseaux pour trouver un toit à ces jeunes démunis. Fin septembre, les membres de différentes associations (Restos du cœur, Secours catholique, Croix-Rouge, Môm’o chaud, Ligue des droits de l’homme, Jamais sans toit…) vont se réunir pour créer un collectif dans le but de mieux s’organiser en se répartissant les tâches.