Rodez. Claire, la service civique « archi » douée de Station A

Des personnalités atypiques se cachent derrière le tiers-lieu ruthénois… parmi elles Jules et Claire, services civiques. Âgée de 25 ans, Claire est venue de Rennes et c’est la perspective de participer à un projet local et innovant qui lui a fait traverser la France en diagonale. Elle fera partie de la vie de Station A jusqu'en 2021.

Claire est engagée à tous les niveaux dans le projet Station A. ©ADN12

Après un bac S, Claire s’est plongée pendant cinq ans dans les études de l’École Nationale d’Architecture Supérieure de Bretagne dont elle est sortie diplômée en 2019. Mais en sortant de l’école, ce ne sont pas les cabinets d’architecture qui l’ont attirés : « C’est clairement d’aller à Aurillac qui a tout changé » explique-t-elle.

Architecture non conventionnelle

D’abord bénévole pour un spectacle itinérant dans le bus d’une compagnie qui l’emmène au Festival de la marionnette de Charleville-Mézières, elle apprend sur le tas et développe des compétences d’ingénieur-lumière pour des spectacles. Elle met ensuite, toujours bénévolement, ses compétences au service de troupes de spectacles rennaises, principalement de cirque circassien.

Car les arts de la scène intéressent aussi Claire. L’idée de travailler dans la scénographie germe petit à petit avec son travail bénévole à la compagnie Les Œils. Après une formation de scénographie à Marseille, elle remonte à Rennes dans le but d’effectuer son service civique au sein de la compagnie. Mais comme pour tout le monde, le confinement, puis l’arrêt total des spectacles a mis à mal les artistes et compagnies qui ont vus tous leurs spectacles annulés.

« Je ne voulais pas travailler en atelier d’architecture, mais plutôt dans un collectif avec un côté associatif qui mêle architecture et scénographie », explique Claire. Très inspirée par le collectif d’architectes parisiens Encore Heureux, ce qu’elle veut c’est mettre à profit ses talents dans un projet qu’elle suivrait de A à Z. « Il y a une vraie frustration de l’architecte : à l’école on n’apprend pas le côté ingénierie ou administratif qu’il y a derrière un projet. En sortant, on constate qu’on est obligé de passer par des bureaux d’étude : on est dépossédés de tout », constate-elle.

« Il faudrait remettre un peu de rêve dans notre manière d’imaginer son espace de vie »

Sacré défi pour Station A que la mise en place des marchés de producteurs tous les mardis soir. ©ADN12

Que faire à Station A ?

Retour donc à la recherche d’un service civique : c’est tout simplement sur le site du gouvernement qu’elle a trouvé une annonce de Station A pour un service civique dans la communication et l’événementiel. Mais c’est son bagage d’architecte et son expérience de bénévole sur des spectacles vivants qui ont fait la différence. Sans parler de son mémoire de fin d’étude sur les zones d’habitation alternatives comme la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ou des tiers-lieux rennais plus ou moins officiels. Après une lettre de motivation et une réunion zoom, Claire prenait ses bagages pour s’installer pour 8 mois dans l’ancien Haras de Rodez où elle est hébergée, au sein de l’équipe de Station A. L’occasion aussi pour elle de « découvrir de nouveaux territoires » comme l’Aveyron et, accessoirement, d’être indemnisée pour un travail qu’elle avait pris l’habitude de faire bénévolement.

« Je voulais aussi intervenir en tant que communiquant avec des outils de com et de cohésion pour créer du lien »

Claire a donc commencé en juillet et comme tous les acteurs du lieu, ses missions sont variées. Elle s’occupe du marché de producteurs qui a lieu tous les mardis soirs, mais aussi de la signalétique, du montage/démontage lorsque Station A accueille des groupes ou des concerts. Elle est aussi animatrice des chantiers participatifs. De l’architecture à l’organisation en passant par la communication, en quelques semaines Claire est devenue l’une des clefs de voûte du projet Station A.

« Quand tu t’éloignes de la politique, tu restes près de l’utopie mais tu es moins institutionnalisé »

Et quand on lui demande ce qu’elle pense de Rodez, elle rit en répondant : « je ne vois pas beaucoup d’autres choses que le Haras pour le moment ! ». Mais si elle compte bien profiter de l’été pour prendre le temps de visiter la région, c’est aussi important pour elle de s’engager dans le projet qui participe à sa réflexion et son expérience des lieux de vie alternatifs, qu’elle qualifie d’utopie. Avec une vision réaliste de ces utopies qu’elle souhaite voir fleurir, Claire estime que Station A est un sacré défi pour ses créateurs qui devront « créer un cadre pour toujours imaginer plus » et trouver l’énergie de toujours se réinventer sans tomber dans une routine de « micro-village qui fonctionne en autarcie ». Idée bien en accord avec l’esprit Station A qui, autant que possible, cherche à travailler en harmonie avec les acteurs économiques et culturels aveyronnais.